Aidez quelqu’un d’autre

Cet article a été publié dans le ST Mag n°57

Dave Small nous parle ce mois-ci de quelle manière il a bénéficié de l’entraide, ce qu’elle signifie pour lui et comment il la pratique. En ces jours où les appels à la charité publique se substituent aux politiques nationales, beaucoup estiment s’être acquittés de tout devoir envers leur prochain, avec un chèque au profit de l’un de ces organismes dépensant cent millions en affiches pour en envoyer dix dans le tiers-monde. Pour Dave, l’entraide, ce n’est pas cela, surtout en tant que jeune entrepreneur. Et le tiers-monde est à l’est autant qu’àu sud. Au fait, la Russie vient de rétablir les cartes de rationnement…

Lakewood
Vous ne le saviez sûrement pas, mais les acheteurs du Spectre GCR ont longtemps aidé des handicapés de Lakewood (banlieue ouest de Denver, dans le Colorado). Ma firme, Gadgets By Small, a fait effectuer l’assemblage de nos circuits imprimés par un atelier employant des personnes handicapées. Ne pas confondre un atelier de fabrication de circuits imprimés produit nos cartes imprimées (faites en un matériau qui, je crois, s’apparente à la fibre de verre), avec des pistes en cuivre et des contacts dorés. C’est seulement ensuite que commence la rigolade. Il faut que quelqu’un mette les bons composants dans les bons trous et les y soude. C’est ce que l’on appelle l’assemblage des cartes. Il y a des myriades de problèmes possibles dans un atelier d’assemblage.

Incidemment, recourir à un atelier d’assemblage aux USA, y compris à celui de Lakewood, coûte beaucoup plus cher que de faire souder les cartes à la vague à Taiwan, et de les faire expédier ici. Faire assembler des cartes au Mexique, juste derrière la frontière, dans des zones franches conçues pour attirer les investissements américains, coûte encore moins cher. J’éviterai de vous déprimer, en vous révélant combien de gens m’ont conseillé de laisser tomber Lakewood, et de faire effectuer leur travail à Ciudad Jaurez. Néanmoins, Denver a besoin d’emplois, et en particulier les gens de Lakewood. Ils voulaient travailler mais n’avaient aucune commande. En toute bonne foi, je dois dire que je ne m’attendais qu’à un travail moyen de la part de cet atelier. J’ai vu des ateliers d’assemblage de tous calibres en dix ans, d’excellents à ignobles, et je me suis résigné à l’habituelle loi de l’emm… maximum, problèmes d’approvisionnement en composants, mauvaises communications, etc. Mais, ô surprise!, les gens de Lakewood m’ont fait le plus beau boulot d’assemblage et de soudage que j’aie jamais vu. Le meilleur, point, à la ligne. Les cartes sont soudées à la vague dans ce procédé, tous les composants sont insérés dans leurs trous, puis la carte est placée juste au-dessus d’une cuve de soudure en fusion. Un vibreur engendre une «vague», comme un caillou tombant dans l’eau, qui balaie les points à souder. Après soudage, nos cartes étaient inspectées à la loupe, et toute soudure douteuse était refaite à la main. Nous n’avons jamais vu un composant «en l’air» (sorti de ses trous avant soudage). Tout circuit imprimé douteux, dont les pistes en cuivre n’étaient pas parfaites, était étiqueté pour nous. Les cartes étaient apparemment très minutieusement inspectées. J’ai parfois cherché plusieurs minutes un défaut dans une carte étiquetée, sans trouver la mauvaise piste. Le pourcentage de pannes de ces cartes chez les clients était d’un pour cent, ce qui est excellent, vu la complexité des cartes et la fiabilité des composants. Car quelques-uns des circuits intégrés (CI) d’un lot de mille vont toujours se révéler défectueux. Multipliez cela par le nombre de CI de la carte, et vous aurez un taux de panne minimum. S’y ajoute également ce que nous appelons la «faute de pilotage» beaucoup de cartes renvoyées et retestées s’avèrent bonnes.

Nous avons fait travailler Lakewod, aussi longtemps qu’ils ont eu du temps à nous consacrer. En fait, nous avons été leur seul client pendant longtemps. L’économie de Denver est encore très atteinte, après s’être désagrégée à la suite de la baisse des coûts du pétrole. Mais finalement, nous avons dû aller trouver un autre atelier d’assemblage, car celui de Lakewood a décroché un gros contrat, pour produire des chargeurs à grande capacité pour fusils d’assaut genre AR-15/M-16 et pour Uzi, et n’avait plus de personnel pour nos cartes. Il y a une forte demande pour ces chargeurs ces temps-ci, à cause d’une loi en cours d’examen au Congrès, qui pourrait les interdire. Mais je suis heureux d’avoir pu aider Lakewood au temps des vaches maigres.

Jamaïque
En ce moment, les acheteurs du Spectre aident l’économie de la Jamaïque, qui en a bien besoin. Un de nos ex-employés lance d’ailleurs une affaire là-bas, et elle est très bien partie. Les employés sont jamaïcains, ils ont des salaires décents, et la boîte vit du tourisme américain, elle n’a rien à voir avec l’informatique.

Nous lui fournissons du capital pour acquérir de l’équipement, et nous lui avons donné un Mac Il et une Laserwriter, devenus un peu trop lents pour traiter notre base de données. Pourquoi les aidons-nous ? Parce que cette personne nous a énormément soutenu durant les jours critiques des débuts du Spectre, et que c’est une façon de lui dire merci de tout coeur.

Pourquoi ?
Pourquoi faisons-nous ces choses ? C’est vrai qu’elles nous coûtent cher. Bon sang, me dis-je, si j’avais pris un atelier bon marché, utilisé des contacts étamés au lieu de dorés, refusé d’aider un employé à réaliser son rêve, et n’avais pas envoyé ces mises à jour et ces lettres d’information gratuites, crénom, je pourrais avoir placé de l’argent et en percevoir les intérêts (humpf !, et en laisser une bonne part aux impôts !). En fait, beaucoup de cartouches pour le ST sont construites de la façon décrite ci-dessus, aussi peu cher que possible. Et le ST lui-même, sous bien des aspects, est construit et architecturé de cette façon.

Oui, je pourrais avoir plus d’argent devant moi, si j’avais fait les économies décrites ci-dessus. Mais pour moi, l’argent ne signifie rien, comparé au bien qui peut être fait en l’utilisant. Spectre (ainsi que certains autres de mes travaux, dans une bien moindre mesure) a touché de nombreuses personnes. Quand je reçois par exemple une lettre de quelqu’un, ayant pu lancer un magazine grâce à un ST, un Spectre, et un programme de PAO pour le Mac dont il avait besoin, le tout accompagné d’un exemplaire du magazine, cela me remplit d’une joie inexprimable… et je ne pourrais vous citer en cent pages toutes les choses que font les gens avec Spectre. Quand je déprime, je relis les lettres de gens ayant pris le temps de m’écrire, pour me remercier d’avoir créé Spectre.

De plus, quoi que fasse Atari Corp., le ST peut facilement devenir un Mac disposant de certains des meilleurs logiciels. C’est peut-être la meilleure chose que j’aie jamais faite pour le ST, lui fournir une assurance. En vérité, je ne suis ici que grâce à des gens qui m’ont fourni une aide que je ne peux leur rendre. Ainsi, le Dr. Kuder et Lee Maxwell de la Colorado State University (CSU) m’ont évité d’être éjecté du lycée. Or, Si mon diplôme d’informatique n’a pas été déterminant, il m’a bien aidé pendant un moment. Sherwin Gooch m’a enseigné l’Ethique du Bidouilleur sur PLATO [NdT : voir «Le Petit Monde de Dave Small» dans ST Mag n° 53]. John Ridges et Phil Tuhb, de ALF Products, m’ont longtemps soutenu, et grâce à eux j’en sais long sur les disquettes. Jerry Pournelle (NdT : auteur de best-sellers de sciencefiction aux USA [un seul livre, hélas !, traduit en français] et journaliste très influent dans le magazine américain Byte) m’a également beaucoup aidé. Le moins que l’on puisse dire étant qu’il n’y était pas forcé, il y a dix mille autres firmes rivalisant pour accaparer son attention et faire parler d’elles dans ses articles. Mais il a toujours pris le temps d’annoncer les petits bidouilleurs ayant de bonnes idées, leur consacrant autant d’espace qu’aux grosses boîtes (que je déteste d’ailleurs).

Et pourtant, d’après mon expérience journalistique, il est bien plus facile d’écrire sur les grosses boîtes, elles peuvent vous fournir des pages entières de documentation. Or, quand je demande à tous ces gens, mes sauveurs, ce que je peux faire pour leur rendre leur aide, la réponse est toujours la même : «Aidez quelqu’un d’autre.» Bien sûr, j’ai un peu aidé Roberta Pournelle (NdT : femme de Jerry, institutrice pour enfants difficiles, et néanmoins programmeuse et rousse flamboyante) à longuement tester son programme d’apprentissage de la lecture, pour rendre un peu de ce qu’ils ont fait pour moi. Mais j’ai entendu cette réponse : « Aidez quelqu’un d’autre », tant de fois que j’y crois fermement. Certes, cela flatte l’ego d’aider quelqu’un à réaliser son rêve, mais l’important est d’appuyer un débutant inconnu pour le lancer. Et croyez-moi, je suis heureux de l’avoir fait.

Un regard sur l’URSS
Ceci étant dit, il est beaucoup question ces temps-ci des besoins de l’URSS (NdT et encore, cet article a été écrit avant le « putsch »). Je sais, je sais, il est étrange de penser à aider l’URSS. Même pour moi qui n’ai jamais eu des exercices d’alerte atomique en classe, ni vécu de crises comme les missiles de Cuba. Beaucoup de gens pensent que nous devrions laisser ce pays s’écrouler et retourner à l’âge de pierre. D’autres croient que nous devrions commencer immédiatement à leur expédier des vivres. Et moi ? le ne sais pas, je le dis franchement. Lisez, vous allez comprendre. En fait, je n’ai aucune acrimonie envers les gens d’URSS. C’est envers leur gouvernement que j’en aie. Les Soviétiques, ainsi que nous, ont énormément souffert à cause de ce gouvernement. Attention, ne m’étiquetez pas hâtivement comme un forcené de droite. (NdT : les étiquettes gauchedroite des Etats-Unis n’ont rien à voir avec les nôtres. Aux USA, les libéraux sont à gauche par exemple, et « libéral » signifie plus ou moins « gauchiste » Et Bush est centriste.) Voyez ce que je pense sur d’autres sujets. Mais je vous signale néanmoins, que le gouvernement soviétique détient le record absolu du plus grand massacreur que l’humanité ait jamais produit. Il est même difficile de savoir à cinq millions près, combien de personnes sont mortes depuis la «révolution» de 1917. Et chacune de ses personnes aurait pu être vous ou moi.

Pour cette raison, je ne veux rien faire qui puisse aider ce gouvernement, car je ne pourrais ensuite me regarder dans un miroir. (J’ai même rejeté une offre pour des Spectre CCR pour cette raison, bien que l’on m’ait offert bien plus que le prix au détail, en liquide sous la table ! Pas question.) Mais les informations me provenant d’URSS, depuis la levée de certaines restrictions, m’ont conduit à un terrible dilemme. Dois-je aider l’URSS ? Si quelqu’un me demande de lui vendre des GCR pour les exporter vers l’URSS, dois-je les lui vendre ? Le Département d’Etat autorise l’exportation de la technologie 68000 (mais pas des 68020, 68030 ou 68040 [NDLR : le 68030 est maintenant autorisé à l'export vers l'URSS]), donc légalement je le pourrais, mais…

Bien sûr, je souhaiterais aider les gens là-bas, dans la mesure où le Spectre leur est utile (après tout, ce n’est qu’un modeste outil, et l’on ne peut pas manger une cartouche !). je n’ai rien contre ces gens, encore une fois. j’ai été très touché par une carte postale, que le programmeur de Tetris a pris la peine de m’envoyer par un intermédiaire, pour me saluer et me dire qu’il avait entendu parler de Spectre jusqu’en URSS. Et le témoignage de quelqu’un revenant d’URSS me confirme que les Soviétiques sont des gens au grand coeur. j’ai reçu d’URSS une lettre, accompagnée d’un CV, d’un homme marié, père d’un enfant, désirant se faire embaucher, et très déterminé d’après sa lettre. Je ne sais comment vous dire combien j’aurais souhaité pouvoir l’embaucher, rien que pour pouvoir le tirer hors d’URSS et l’amener ici. Mais à présent que la censure du courrier a été rétablie par les Soviétiques, j’ai peur de lui attirer des ennuis rien qu’en lui répondant. L’histoire démontre que les gens, ayant essayé de quitter le paradis des prolétaires, ont eu des ennuis allant des persécutions minimes aux traitements psychiatriques intensifs (drogues, lobotomie) en passant par la prison. Cela me fait mal. J’ai donc fait un effort pour faire parvenir des Spectre 128 et des GCR en Europe de l’Est. C’était même l’un des principaux buts de mon voyage en Allemagne, lors du CeBIT de Hanovre en mars dernier, et j’ai consacré beaucoup de temps à des rendez-vous dans ce but. Il y a peu de profits à la clé, vu les problèmes de devises là-bas (rappelez-vous que le rouble n’est pas convertible !). Mais cela n’entre pas en ligne de compte. Vous seriez surpris par l’importance de la présence du ST en Europe de l’Est. Certaines revues américaines consacrées au ST y sont très lues, et leur nombre de lecteurs est bien supérieur au nombre d’abonnements. L’on y trouve aussi un nombre très élevé de programmeurs sur ST, et une quantité vraiment surprenante de bidouilleurs extrêmement compétents. En jetant un oeil sur leur code en assembleur 68000, j’ai cherché un bon moment à comprendre, et quand finalement j’ai compilé, je suis resté admiratif. j’ai vu une astuce géniale, utilisant MOVEP, pour jouer des sons numérisés en immobilisant le processeur le moins possible. Personne, ou presque, n’utilise cette instruction pour quoi que ce soit, moi inclus, ou du moins jusqu’à ce que ces gens m’ouvrent les yeux.

Je sais qu’une compagnie américaine produisait que des programmes en Hongrie, et leur travail était considéré comme du haut de gamme ici ; je ne crois pas que je sois de leur niveau. J’espère pouvoir un jour visiter l’ex-Allemagne de l’Est pour voir quelles sortes de programmeurs vivaient là-bas.

L’Europe de l’Est n’est plus dominée par le Pacte de Varsovie, et certains pays se sont assouplis quelque peu, mais pas l’URSS… Je crains que si des GCR y étaient envoyés, ils seraient, comme les autres technologies occidentales, utilisés par la Nomenklatura, pour rendre la vie des gens un peu plus difficile. J’ai longtemps songé à faire un geste, comme par exemple vendre des Spectre 128 à très bas prix pour l’URSS seulement, et je ne suis toujours pas sûr. (Si vous voulez me donner votre avis et m’écrire, vous êtes les bienvenus, voir à la fin de l’article.

Je suis suffisamment ouvert pour avoir déjà adopté certaines des idées de mes correspondants…) Par ailleurs, John Sculley d’Apple a fait don d’un lot de Mac Il à Gorbatchev. Alors que pour d’autres, seul compte le profit. Prenons Gulf Oil, par exemple ils n’ont aucun complexe à financer l’Angola et son régime, grâce à un grand programme de forage offshore. Or l’Angola n’est vraiment pas réputé pour respecter et prendre soin de ses citoyens. Cuba y envoie, en tant que mercenaires, des hommes très jeunes combattrent ceux essayant de lutter pour la liberté, comme Jonas Savimbi (Cuba a grand besoin des devises que rapporte ce trafic). Et, bien que Gulf Oil considère ces pratiques comme de bonnes affaires, elles ont leur revers. Tenez, zut !, flûte suis-je maladroit !, ma carte de crédit GuIf vient juste de se faire déchiqueter et leurs lettres de relance sont parties au panier! Curieusement, c’est arrivé également à bien d’autres personnes. Ouaip !, de bonnes affaires! Toute ironie mise à part, j’ai le sentiment profond que si je cessais de respecter les idéaux et les gens, mes réalisations finiraient rapidement d’exister. Cela n’est pas exprimable en dollars, mais pourtant beaucoup de ce qui constitue le Spectre est en rapport avec les gens, lesquels ne peuvent figurer sur une feuille de bilan financier.

Voyage en URSS
Ainsi, lorsque nous sûmes que Kristie, la fille d’amis de Sandy, ne pouvait réunir les fonds nécessaires à un voyage en Union Soviétique, dans le cadre d’un échange d’étudiants, le «bon coeur» de Gadgets by Small permit de compléter la somme (en fait, elle va nous servir de baby-sitter en échange, chose que ceux d’entre vous qui sont parents, savent être plus précieuse que l’or). Le collège de Kristie échange durant quatre semaines des élèves avec une école soviétique, et une étudiante soviétique était auparavant venue aux USA. L’échange avait commencé durant l’administration Reagan, grâce à un accord entre lui et Gorbatchev concernant plus de 50 écoles.

Au fait, ne confondez plus la Russie et l’URSS. La Russie n’est que l’une des nombreuses républiques de ‘URSS, et comme la susceptibilité nationaliste croissante, et le désir d’indépendance de ces républiques, s’opposent au déclin du pouvoir central, il n’y a plus d’entité monolithique dans ce pays. A ce sujet, je me rappelle, lorsque je vivais à Austin, au Texas, un livre à succès traitait de la sécession du Texas hors des USA… Il m’a été donné de bien connaître Kristie, après qu’elle ait travaillé ici pour ma firme l’été dernier. Elle a fait des boulots ingrats, tels que le nettoyage de mon bureau l’occupant une bonne semaine (je ne rigole pas, il n’avait pas été nettoyé depuis avant le GCR), ou la saisie de mon carnet d’adresses sous Hypercard. S’y sont ajoutés des travaux informatiques plus sophistiqués pour Sandy. J’ai constaté qu’elle parlait parfaitement le russe, et elle apprend l’allemand par ailleurs (NdT : très utile en russe, langue où la plupart des mots techniques ou modernes viennent de l’allemand, et se prononcent de la même façon, par exemple, lager, camp ; informatsion, information pounkt, point spion, espion). Son don pour les langues est peu commun, et il est parfaitement déprimant pour moi, infoutu de demander où sont les toilettes au Mexique après cinq ans d’espagnol. Si vous avez besoin d’un traducteur anglo-russe, faites-moi signe, je transmettrai… Ayant l’assurance qu’elle pourrait discuter avec les Soviétiques durant son voyage, je lui ai demandé à son retour un entretien, que je retranscris ici pour vous fournir un point de vue original dans la cacophonie médiatique entourant l’URSS, abondant en « reportages en profondeur de trois minutes ». Ce n’est pas un entretien professionnel bien léché, mais spontané. J’y ai ajouté quelques notes. Je me suis contenté d’ôter certains noms. L’URSS peut sombrer demain dans le chaos, et qui sait ce que les interlocuteurs de Kristie peuvent subir…

Entretien: Voyage en URSS
Question : Dans quel cadre s’est déroulé ton séjour?
Réponse : Notre école échange des étudiants avec une école soviétique. Un groupe soviétique est venu aux USA passer quatre semaines, et à notre tour nous sommes allés séjourner un mois en URSS. Ma correspondante soviétique, une lycéenne, a été particulièrement éberluée par les supermarchés. Il y a tout ce dont l’on a besoin dans un seul magasin, et de nombreuses marques concurrentes de produits semblables. En URSS, les magasins sont spécialisés, et il n’y a pas de marques concurrentes. Il y a, de plus, de fréquentes pénuries pour tous les produits. En allant faire les courses en URSS, j’ai compris pourquoi elle était si ahurie. Durant leur séjour ici, les Soviétiques n’en ont guère parlé, mais ouvraient de grands yeux. Cela se comprend si, en visitant un pays étranger, je découvrais des choses bien mieux qu’aux USA, je n’en parlerais pas non plus. Certains Russes pensaient même que nous ne travaillions guère et que tout nous était donné. C’est sans doute parce qu’ils sont venus nous visiter en période de vacances, et que beaucoup de parents étaient aussi en congé, de telle sorte que les jeunes Russes ne voyaient personne travailler.

Q : As-tu eu des problèmes en URSS parce que tu étais américaine ? (Note : mes parents ont fait un voyage en URSS dans les années 70. Tous les clichés étaient au rendez-vous ils ont été suivis, il semblait y avoir des micros dans la chambre d’hôtel, le personnel soviétique souffrait d’espionnite aigué, ils ont eu droit à la visite obligatoire de Lénine embaumé dans son cercueil de verre comme Blanche-Neige, et les douaniers, particulièrement hostiles, les ont retenus durant des heures.)
R : Absolument aucun problème. Les douanes nous ont regardés passer sans rien ouvrir, ce qui valait mieux pour nous. Nous n’avons jamais eu l’impression d’être suivis. Et nous avons partout été particulièrement bien traités, parce que justement nous étions américains, ce que les Américains ont du mal à croire quand je le leur raconte. Tout le monde savait que nous étions américains, et nous nous faisions constamment aborder, principalement pour du marché noir. En ces occasions, nos interlocuteurs avaient très peur de se faire prendre. Mais tous étaient très chaleureux, très sympathiques.

Marché noir et militaire
Q : Que voulaient-ils acheter ou vendre?
A : Ils voulaient vendre des vêtements militaires, parce qu’ils nous en savent friands. Ils vendaient aussi beaucoup de montres. Ils voulaient tout particulièrement nous acheter du chewinggum, ainsi que tous nos vêtements et nos chaussures, que ce soit leur taille ou non. Les vêtements soviétiques, que j’ai vus, étaient taillés à la mode des années 70, pantalons en pattes d’éléphants et habits disco. Tous parlaient très bien l’anglais. Beaucoup étaient adolescents, ne les empêchant d’ailleurs pas d’être redoutables en affaires et de bien marchander. Je n’ai vu aucune femme faire du marché noir. Le féminisme n’a pas encore atteint ce secteur d’activité! J’en ai profité pour acheter des vêtements, qui auraient fait sourciller les douaniers s’ils avaient ouvert mon sac au retour. Le marché noir est omniprésent. Un Américain de mon groupe a vu deux vendeurs au noir se battre férocement dans un magasin de disques, parce que l’un opérait sur le «territoire» de l’autre. J’ai été quotidiennement, à de très nombreuses reprises, abordée par des marchands au noir, et le marché noir est une partie essentielle de la vie soviétique, car il y a tant de choses impossibles à trouver par les canaux « officiels ».

Q : Il y a eu des échos de soldats soviétiques vendant leurs armes et leurs vêtements avant de quitter certains pays de l’Est (NdT : on mesure l’ampleur du problème en rappelant que 300 000 soldats de l’Armée Rouge stationnent toujours sur le territoire allemand). Penses-tu que les vêtements proviennent de là? (Note d’après les médias occidentaux, ces soldats vendent avant de partir non seulement leurs uniformes, mais aussi leurs fusils d’assaut AK47, AK74 et Dragounov, des munitions, etc.)
R : Oui. Tous les garçons doivent là-bas faire leur service après leur bac. Je le sais bien, car j’habitais juste en face d’un baraquement militaire. Nous l’appelions «la baraque aux bébés», parce que les garçons avaient tous 17 ans, l’air très jeune, et portaient une lettre V cyrillique sur leurs épaulettes, s’écrivant comme notre B romain, comme «Bébé»! Avant d’aller en classe le matin, les garçons doivent aller à l’entraînement militaire.

Les femmes
Q: Tu as parlé de féminisme. Du point de vue féminin, décris-nous ce que tu as vu en URSS.
A : La vie des femmes est infernale là-bas. Elles travaillent toutes, quel que soit leur âge. Elles sont au travail environ 9 heures par jour, parfois plus, après quoi elles doivent chaque soir faire la queue pendant environ deux heures, pour essayer de trouver de quoi dîner. Nos références n’ont plus cours là-bas. Une des Soviétiques qui participaient à notre échange était copropriétaire de la première manufacture privée de XX (nom d’une grande ville, tenu secret sur demande) fabriquant des articles ménagers. Cette usine appartient à ses employés, qui en partagent les bénéfices. C’est une grande nouveauté chez eux, alors que c’est acquis chez nous. Les femmes n’ont guère d’espoir quant à l’avenir.

Ce sont elles qui subissent le plus de contraintes. Une enseignante soviétique, étant revenue des USA après son mois de séjour, a été complimentée sur sa bonne mine de vacancière. C’est que les femmes commencent très tôt là-bas à avoir l’air hâve. Et depuis mon séjour, la censure a été rétablie, les dernières lettres que j’ai reçues ayant des découpes ou des zones noircies à l’encre. C’est un très mauvais signe, et je m’inquiète pour les Soviétiques participant à l’échange.

L’alimentation
Q : Mais pourquoi les femmes font-elles la queue tous les soirs, au lieu de faire des courses pour une semaine ?
A : D’une part, les ménages n’ont guère de bons réfrigérateurs. Nous avions acheté de la crème glacée, mise au congélateur, où elle a fondu. D’autre part, le plus souvent, il n’y a pas assez de nourriture à vendre pour commencer. Depuis mon voyage, j’ai appris que les cartes de rationnement pour la nourriture avaient été instaurées. Et à cause de la censure, je ne sais pas vraiment ce qui se passe d’autre. Nous étions hébergés chez une Soviétique ayant un chat.

Un jour, l’écuelle de ce chat était vide, et elle est allé lui acheter un poisson. Dans le bus, les gens avaient l’air si tristes et si faméliques. Elle pensait qu’elle ne pouvait donner un poisson à son chat, alors que les gens crevaient de faim, si bien qu’elle y a renoncé. Mais ce qui m’a frappé, c’est ce qui lui est arrivé avec les médecins.

La médicine
Cet épisode est significatif de la médecine soviétique en général. Notre hôtesse souffrait de terribles douleurs stomacales. Elle est allée voir un docteur et a subi une ablation de l’appendice, pour laquelle elle a eu une anesthésie, ce qui est inhabituel. Mais les douleurs ont continué. Elle s’est fait réopérer, et on lui a trouvé une tumeur bénigne, ce n’était pas une appendicite finalement. Et cela n’a rien d’extraordinaire là-bas.

Q : Une anesthésie inhabituelle, as-tu dit?
A : Oh, oui! Ils ne font pas d’anesthésie pour la « petite » chirurgie ou les soins dentaires, là où nous la tenons pour allant de soi! C’est pour ça que les Soviétiques n’aiment vraiment pas aller chez le dentiste.

On m’a aussi dit là-bas que les plombages sont d’une très mauvaise qualité, ils sont en alliages ferreux s’usant très vite, comparés aux amalgames (NdT: plomb-mercure) que nous utilisons. Pour seulement pouvoir consulter un docteur, il faut en avoir un parmi ses amis. Impossible de débarquer dans un cabinet. Théoriquement, la médecine est gratuite. Vous pouvez aller dans un dispensaire coopératif étatique, mais ils sont très mauvais (comme toutes les coopératives là-bas, d’ailleurs). Alors, en allant voir un docteur, vous êtes censé lui apporter un cadeau, « par pure bonté d’âme », peut-être sera-t-il plus attentionné. Ce qui peut signifier la vie ou la mort pour vous.

Les docteurs sont hideux. Ils portent des sortes de toques de boulanger et des tabliers de boucher, avec même des taches de sang! C’est à la fois drôle et macabre. Nous avons pu les voir de près, quand un garçon de notre groupe s’est blessé. Pourtant, les Soviétiques ont inventé une méthode de correction de la vision par des incisions précises du cristallin, donc certains de leurs médecins sont excellents. Peut-être n’ai-je pas vu de vrais pros ou de docteurs en ayant l’air. A noter qu’il y a plus de femmes que d’hommes chez les médecins soviétiques.

Q : Qu’est-il arrivé à cette personne de votre groupe?
R : Ce garçon s’est blessé au genou et souffrait beaucoup. Il avait emporté de bons médicaments, antidouleurs et décontractants, des USA, car il s’était déjà blessé au genou. Il est allé à l’infirmerie de l’école. Mais l’infirmière ne voulait pas le laisser prendre ses médicaments, elle disait que cela affecterait ses radiographies Elle voulait lui faire une piqûre. Le directeur du groupe n’a pas laissé faire, parce qu’ils emploient des seringues sales, et que leurs médicaments sont d’une qualité douteuse.

Il a été transporté à l’hôpital. Il a eu une chambre pour lui seul, parce qu’il était américain. D’autres chambres comptaient jusqu’à six personnes (NdT ben quoi, en France aussi !) Il y avait des flopées de cafards, nous devions les tuer jusque dans son lit. Il y avait des patients jusque dans les couloirs. Ils lui ont plâtré la jambe sans l’envelopper dans une chaussette, ni même la lui raser d’abord, Si bien que ses poils ont été pris dans le plâtre et qu’il a eu des ampoules. De retour chez lui, il s’est fait enlever le plâtre, et les médecins ont été effarés par ce travail. Ils en ont longuement parlé.

Les gens
Q : Les gens t’ont-ils paru amers et agressifs envers toi ?
R : Oh non! Les gens sont formidables. Ils font un effort pour que vous soyez content. Ils sont très, très amicaux envers les Américains. Et ce n’était pas de la mise en scène, je l’ai constaté partout. Je me souviens d’un magasin bondé, dans lequel je voulais regarder des bagues. Le père de mon amie russe a dit: «C’est une Américaine.» Aussitôt tout le monde m’a cédé le passage. Je me sentais un peu gênée. Il est impossible que le magasin, pris au hasard, ait été rempli de membres de la police secrète (NdT : dans les années 60, le KGB organisait souvent des mises en scène édifiantes à l’intention de touristes occidentaux étroitement encadrés. Le NKVD faisait déjà de même avant-guerre. C’est devenu un cliché.)

Q : Pourquoi cet empressement après la guerre froide et des années de propagande?
R : Aucune idée! J’aimerais bien que les Américains agissent de même. Ils étaient très gentils, c’est ce qui m’a marqué, et c’est de cela que je me souviendrai. J’aimerais y retourner un jour.

L’école
Q : As-tu visité des écoles?
R : Les classes s’échelonnent de la Première à la Onzième (NdT : équivalent de notre Cours Elémentaire à notre Terminale). Jusqu’en Huitième (NdT notre Troisième), les élèves sont très polis. Pour poser une question, ils lèvent la main de la manière prescrite, le bras gauche horizontal, le bras droit vertical. Ils ont, à la limite, le droit de se lever et d’agiter le bras droit s’ils sont impatients, mais en silence. A partir de la Neuvième, les élèves parlent en classe ouvertement et n’écoutent pas, comme ici.

Q : As-tu vu des ordinateurs ?
R : Je n’en ai vu aucun Les écoles n’en ont pas. Ici, nous sommes habitués à l’informatisation partout, comme dans les supermarchés. Mais en URSS, les caissières utilisent des bouliers et des caisses enregistreuses manuelles. Le paiement de vos achats semble durer une éternité, à supposer que le magasin soit approvisionné. Par contre, les écoles utilisent des rétroprojecteurs. La situation est comparable à celle des USA dans les années 50, avant que l’informatique ne se répande. (Note : le magazine Byte parle de l’informatique soviétique dans son numéro d’avril 1991. Les observations de Kristie recoupent celles que l’on y trouve. Par exemple, les microprocesseurs soviétiques sont livrés avec une liste des instructions ne marchant pas sur cette puce, un peu comme la liste des mauvais secteurs sur un disque dur. Imaginez la programmation pour des processeurs, dont certaines instructions peuvent ne pas marcher… Et Atari a parlé, il y a quelque temps, d’envisager d’acheter des RAM dynamiques soviétiques. Vu leur qualité, je m’étonne qu’ils y aient seulement pensé, quel qu’en soit le prix.)

Q : Ton entourage soviétique parlait-il d’informatique ?
R : Oui, ma correspondante voulait être informaticienne, et allait à « l’école technique », ce qui est une mauvaise traduction du russe, car cette école est une maison dont les pièces sont transformées en classes. Quand elle est venue aux USA, elle a été enthousiasmée par mon Apple II GS (NDLR : dérivé de l’Apple II original, n’ayant rien à voir avec), et elle a passé des heures à jouer. Elle a particulièrement aimé les jeux.

Les transports
Q : Comment te déplaçais-tu ?
R : Surtout par les transports en commun. Les bus et les métros sont très propres. Les seuls graffitis que j’ai vus étaient en anglais (!) ou des croix gammées. On m’a dit qu’il y avait un groupuscule jouant aux nazis et imitant nos skinheads, mais qu’il comptait suffisamment peu de monde pour tenir dans une cabine téléphonique. Les transports en commun sont très réguliers et ponctuels, ce qui est une bonne chose, car les gens en dépendent complètement. Je ne voudrais d’ailleurs pas posséder une voiture soviétique.

A ce sujet, une anecdote : à un arrêt de tram, une femme nous a demandé si nous pouvions l’emmener aux Etats-Unis, comme ça. Nous avons répondu que nous ne pouvions pas. Elle a dit : «Saluez l’Amérique de la part de la malheureuse Russie. » Elle était très sérieuse. Nous étions profondément attristés.

Conclusion
J’espère que cet article vous a apporté quelques informations. Si vous voulez faire des commentaires, vous êtes les bienvenus. Je n’ai pas le temps de répondre au courrier « papier », et je préfère de loin le courrier électronique. Soyez patients si je mets parfois longtemps à répondre.

Traduction et adaptation: Password 90
Titre original : « Pass it forward »

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Transbeauce Party 2 – 1er mai 1991

Posted in Atari | Leave a comment

RIP Steve Jobs

Today is a very sad day :-(

Steve Jobs

Posted in Apple | Leave a comment

L’interview de Jean-Louis Gassée

Le consulat de France à San Francisco vient de poster une interview de Jean-Louis Gassée en 2 vidéos de 30 minutes environ. Il y évoque son passage chez Apple, la culture d’entreprise aux US et en France et loue l’action de Steve Jobs à la tête d’Apple.

Pour rappel, JLG a été PDG d’Apple France, fondateur de Be ( revendu à Palm ) et associé gérant dans le fond de capital risque Allegis.

Posted in Uncategorized | 1 Comment

Dave Small : Je me souviens

Cet article a été publié dans le ST Magazine n°56.

Qui a dit que les bidouilleurs étaient insensibles à tout ce qui ne touchait pas leur domaine technique ? Dave Small nous prouve ce mois-ci le contraire, en nous parlant d’un sujet extrêmement délicat. Les grandes précautions verbales dont Dave s’entoure sont indispensables aux USA, où le problème abordé est politique. D’autant plus qu’il touche aux aspects sociaux des entreprises informatiques américaines, dont Dave nous dévoile des facettes méconnues. Le sujet est, hélas !, d’actualité en France…

Pas de technique aujourd’hui

Il y a toutes sortes de sujets techniques dont j’aurais pu vous entretenir ce mois-ci. Nous avons la carte accélératrice SST, les réseaux, etc. Je pourrais jeter dans la conversation des wagons de notions techniques passionnantes, comme vitesse d’horloge, temps de montée des signaux, comptage d’événement déclenché par fronts montants, unité de gestion de mémoire par pagination, et mémoire virtuelle. Youpi!

L’ennui, c’est que je ne me sens vraiment pas d’attaque pour aborder ces sujets pour l’instant. Je crois que c’est dû au fait qu’après avoir vu le jeu d’arcade Battlezone, j’ai parlé à un ami de Cupertino qui en est l’auteur, ce qui m’a amené à écrire ceci (vous allez comprendre pourquoi). Cela fait longtemps que je pense à l’article que vous lisez, mais je n’avais jamais encore eu le courage de l’écrire. D’une part, il est dur d’écrire sur une question vous affectant personnellement. Et d’autre part, le sujet que je compte aborder a le don de déranger les gens, et je n’ai nulle envie de recevoir des lettres désagréables. Beaucoup de gens ont des sentiments très marqués à ce propos.

Bon, je me jette à l’eau. Il s’agit de choses très personnelles pour moi. Je me souviens de Nick. Je l’avais rencontré sur un serveur télématique. Nick m’avait dégoté un boulot chez XXX (un grand constructeur informatique – nom de la firme non dévoilé pour raisons juridiques. Certaines personnes se sont confiées à moi sous la condition expresse que leur nom ou celui de leur compagnie ne serait jamais dévoilé). Nick était gay et n’en faisait pas une histoire. Il vivait avec mon chef de cette époque. Eh oui, ils étaient gays tous deux ! Aucun ne prenait la peine de débattre du sujet, et cela ne les dérangeait aucunement. Ils vivaient à Saratoga dans la Silicon Valley, dans un beau pavillon, et travaillaient sur un projet fascinant. Dans la Silicon Valley, la plupart des informaticiens se fichent de ce que vous soyez gay ou non. A l’occasion, vous rencontrez un fanatique ou un gars du genre prêcheur, mais la plupart des gens s’en moquent et s’occupent de leurs propres affaires. Nick devint un expert autodidacte en optimisation des gros ordinateurs XXX. Cela consistait à allouer un disque plus rapide pour les opérations accédant au disque de manière intensive, ou encore à défragmenter un fichier très utilisé, etc. Il accrût ainsi les performances d’une machine de 200 % en un mois de travail. Il était sacrément bon dans sa partie. J’avais avec Nick le même type de relations qu’avec mes autres collègues à ce centre. Il avait ses espoirs et ses rêves, j’avais les miens, et nous en discutions parfois au cours du déjeuner. Nous étions tous deux fanas du jeu d’arcade “Battlezone” qui venait juste de sortir, et lorsque nous découvrîmes une façon d’échapper aux smart bombs à tête chercheuse, cela nous réjouit pour la semaine entière.

En 1980, j’étais très occupé à essayer de convaincre Sandy de m’épouser, et n’étais donc pas intéressé par d’autres relations. Nick était un ami, quoi. Vous comprendrez donc qu’il m’est dur de vous dire que Nick est récemment décédé du sida. Je ne sais même pas si mon ancien chef est vivant ou mort, et je ne puis trouver le courage de prendre le téléphone et d’appeler pour tenter de le savoir. Le simple fait d’écrire ceci me noue la gorge, car Nick était un ami, et tout ce qu’il a jamais été a disparu. je crois que je ne jouerai plus à Battlezone pour un bout de temps, trop de souvenirs s’y associent.

L’année 1980

En 1980, la communauté médicale commençait à peine à se demander ce qui pouvait bien donner tous ces sarcomes (cancers de la peau) à des homosexuels… Eh bien, nous savons àprésent! Nous ne savons même que trop bien. Quand l’on y songe, nous en sommes au stade où beaucoup de gens connaissent quelqu’un que les tests ont révélé être séropositif. Mon frère, qui est médecin, avait un ami proche depuis le collège, il était élève officier [NdT le corps des élèves officiers de réserve (ROTC) permet à de jeunes Américains de faire leurs études tout en étant pris en charge par l'armée, d'où le spectacle surprenant de ces étudiants en rangers et treillis, en côtoyant d'autres en baskets et jeans]. Il avait des ‘A’ partout et faisait partie des tireurs d’élite. Il est mort récemment. Mon frère voit tant de patients atteints du sida qu’il commence à perdre son détachement impersonnel et médical à ce sujet, et déteste littéralement cette maladie. Autre exemple, mon père a perdu il y a peu un collègue.

En 1980, j’ai discuté avec un gars du service du personnel à la compagnie XXX. Je quittais la compagnie pour épouser Sandy, ce qui me conduisait à changer de ville. Comme ce gars et moi nous connaissions depuis quelque temps, nous nous offrîmes un pot d’adieu autour de quelques bières.

Durant la discussion, le sujet de nos collègues gays fut abordé. Il fut très franc : c’était plus ou moins un standard de fait dans la compagnie de préférer embaucher des gays si possible. Oh pas pour remplir les quotas de discrimination positive. [NdT loi américaine très controversée obligeant les employeurs à embaucher des quotas de membres de diverses minorités officiellement reconnues, à la grande fureur de ceux s'estimant membres de minorités injustement méconnues, et au grand dam des employeurs parfois obligés de remplir leurs quotas en catastrophe avec le tout-venant.] Non, simplement parce que la compagnie estimait que les gays fournissaient plus de travail à moindre coût. Ecoutez, me dit-il, vous (il pointa son doigt vers moi), vous allez vous marier. Vous allez avoir une épouse, une famille, toute une série de dépenses d’assurances maladies, surtout avec des gosses. [NdT : aux USA, les employeurs ne paient pas à la sécurité sociale une part fixe dépendant du salaire comme en France, mais des assurances maladies pour chaque membre de la famille. Les employeurs paient aussi une part des dépenses médicales de leurs ex-employés retraités. Coût pour IBM, par exemple, au premier trimestre 1991: 2,3 milliards de dollars!] Vous allez aussi avoir des horaires. Il vous faudra être à la maison à cinq heures et demie le soir, et votre femme voudra vous voir pendant que vous serez à la maison. Impossible de faire des nuits blanches. Au contraire, si vous êtes célibataire et sans attaches, vous pouvez faire des heures supplémentaires. Et comme vous êtes “au forfait”, vous n’êtes pas payé pour ces heures vous êtes rémunéré sur des objectifs, pas à l’heure. Et surtout, vous n’avez pas de famille, pas d’assurance maladie à payer, sauf pour vous-même, et que diable, vous êtes jeune et sain (Les discussions actuelles de couverture médicale du sida pour les proches n’existaient pas en 1980.) C’est excellent pour la compagnie, dit-il. C’est pour ça que nous les embauchons. La compagnie XXX, en fait, avait un programme de recrutement de gays si actif, que 7 des 9 personnes de mon groupe de travail l’étaient. La discrétion qui régnait était telle, que je l’ai appris seulement le jour où j’ai quitté la boîte. J’en entends qui ricanent. Soyons adultes: c’était un environnement de travail tout ce qu’il y a de plus normal, avec des gens ordinaires. Je m’entendais avec certains, pas avec d’autres ; il y avait les politiques de la compagnie, les mémos internes, les bilans… Bref, un travail parmi tous ceux que j’ai eu depuis. Je n’étais ni harassé ni mis àl’écart d’une clique quelconque. J’ai également travaillé dans d’autres compagnies depuis lors, où des collègues étaient gays, et cela n’importait aucunement. Dans mon optique, soit une personne sait programmer et faire le boulot, soit elle ne sait pas. Rien d’autre n’importe réellement, vu qu’il y a si peu de programmeurs vraiment compétents que lorsque vous en dégotez un, vous vous moquez du reste.

Epitaphes magnétiques

Mais, comme vous le savez, les temps ont changé depuis 1980. La compagnie XXX est à présent submergée par les coûts vertigineux des hospitalisations d’employés atteints du sida [NdT : dans le cas des grosses compagnies, ce sont les mutuelles de la société qui règlent ces coûts d'assurance maladie]. J’en ai parlé à un manager de haut niveau de la compagnie XXX que je connais depuis des années. Il n’a pas voulu mentionner de chiffres, à ceci près qu’il a un peu pâli, mais selon lui, la compagnie avoue que sa politique de recrutement des années 70 et 80 engendre à présent des coûts très lourds en assurance maladie, et que l’embauche d’une personne atteinte du sida est ces temps-ci formellement proscrite. Il m’a aussi dit que le projet sur lequel Nick et mon ancien chef travaillaient était annulé du fait du décès de Nick.

Je ne citerai pas de nom, mais si vous avez possédé un Atari 8 bits, et utilisé quelques-uns de ses logiciels les plus populaires, vous avez sans doute fait tourner du code auquel mon groupe de travail a participé. Et si vous avez utilisé certains des utilitaires les plus puissants pour ces machines, vous avez sans aucun doute fait tourner des programmes écrits par des gens à présent morts. Des gens que je connaissais déjà en 1982, lorsque j’écrivais pour le magazine Creative Computing (tenez, je me rappelle même le temps où l’étage supérieur entier du 1196 Borregas Avenue constituait le bureau de Chris Crawford. Maintenant, il constitue la moitié de tout l’immeuble d’Atari). Je m’arrête un instant pour vous dire que cela me fait une impression très étrange, et même cauchemardesque, que la seule épitaphe de beaucoup de ces gens soit les quelques impulsions magnétiques d’une disquette composant leur programme. Tout le reste a disparu.

Discrétion

Dans l’informatique, beaucoup de gens ont un comportement, heu !…, assez peu sociable, et ne s’intéressent guère aux relations humaines pour commencer. A leur contact, vous ne percevez pas vraiment leur orientation sexuelle parce qu’ils présentent tant d’autres particularités.

Soyons concrets : quand vous parlez a un programmeur d’un top niveau mondial, ayant son ordinateur, son lit et son vélo d’appartement dans la même pièce, et qui n’a pas pris de douche depuis cinq jours, vous êtes déjà assez occupé à rester dos au vent (ça m’est arrivé plus d’une fois). Beaucoup de ces gens sont gays ; et parce que l’opinion dominante est “cela ne me regarde pas”, on n’en parle jamais (je ne dis d’ailleurs pas qu’il faille en parler).

Incidemment, beaucoup de journalistes de la presse informatique [NdT : aux USA, et cela n'implique nullement Pressimage] partagent cette préférence sexuelle, et cela influence leur façon d’écrire. Quand je lis un reportage sur une personne que je sais être gay, et que certaines choses sont mentionnées, cela change de signification… Il faut alors lire entre les lignes, car dans ce milieu, les gays ont appris à rester réservés. Par exemple, supposons que dans une interview imaginaire, quelqu’un dise que “ce nouvel ordinateur a été conçu par un groupe qui était d’une grande cohésion de style, car il n y avait pas de place pour les conflits personnels”. Vous pouvez traduire cela de vous-même. Vous ne me croiriez pas si je vous disais que c’est un cas réel, n’est-ce pas ? Eh bien, je crains de vous décevoir, car c’est vrai, j’en ai la certitude absolue. Notez que j’ai été extrêmement vague car je n’aime guère les visites d’huissiers. Et, de plus, cela constituerait une intrusion dans la vie privée que de nommer la compagnie, les gens, l’époque, le code et le processeur, mais je le sais.

Ou, tenez, à propos d’Apple. J’ai discuté ces dernières années avec de nombreuses personnes de cette firme. Certains d’entre eux proviennent même d’Atari (durant l’Epoque Noire de 1984, Apple avait gelé ses embauches, mais avait levé ce gel le temps de récupérer des gens d’Atari qui étaient licenciés en masse). D’autres au contraire se sont convertis au ST. Avec tous les gens d’Apple, j’ai toujours entendu la même chose sur ce sujet. C’est une compagnie très fermée, soit vous êtes dans le clan, soit vous restez en dehors, point final. D’abord, ils commencent par discuter avec vous, par essayer de vous connaître, et s’assurer que vous n’êtes pas du genre à les sermonner ou à être choqué par la vie privée d’autrui. En général, ils glissent dans la conversation qu’Untel est gay, et regardent si cela vous choque. Si vous ne sourcillez pas, il n’y a plus de problème. Après quoi, ils vous confient qu’Apple supporte des coûts de soins médicaux très, très élevés pour certains de ses employés, et ils vous ouvrent peu à peu les yeux vis-à-vis de ceux-ci.

Un ami, en lequel j’ai confiance, m’a dit qu’Apple était même l’une des rares compagnies qui pouvait envisager de vous embaucher si vous étiez séropositif, ou participerait à vos frais médicaux si vous viviez avec quelqu’un qui l’était. Cet ami trouvait stupéfiant qu’Apple puisse toujours se le permettre en ces temps de crise quant à moi, je sais où est passé un peu du prix des deux Mac IIfx de Gadgets By Small (et je trouve que c’est tant mieux). Mais le débat est toujours de personne à personne. Il ne fait pas les gros titres, parce que la première chose qui se passe, lorsque ce Sujet est débattu en public, est que les gens commencent à s’écrier : “Bien fait, c’est périr par où l’on pèche”, ou bien “On ne s’en occupe pas assez”. Le débat fait rage ailleurs et je ne compte pas y entrer.

Franchement, je me moque des hauts débats philosophiques et des grands discours, et je ne pense pas que mes sentiments affecteront les recherches en cours. Des amis à moi sont en train de mourir, c’est tout.

Douche froide, déprime et drogues douteuses

A l’expo MacWorld, il y a quelque temps, j ai assiste à la démo d’Hypercard donnée par Bill Atkinson, son auteur. Après avoir montré les fantastiques possibilités de ce logiciel et son orientation objet, la dernière chose qu’il montra fut la pile “Sida” [NdT : les applications écrites en Hypercard sont représentées sous forme de piles de cartes], affichant le nombre de gens morts du sida, avec mises à jour toutes les minutes. Ce fut une douche froide, qui mit fin abruptement à ce qui fut par ailleurs une présentation enthousiaste, devant une audience en délire qui admirait un authentique héros-programmeur. Mais comme le dit un de mes amis de chez Apple : “BilI connaît des gens qui sont mourants. Ce sont ses amis depuis des années. Quelle démo serait plus appropriée à ses yeux ?” Et je suis bien obligé d’être d’accord. Simplement, je crois que je n’aurais pas eu le cran de faire ce qu’a fait Bill.

Je ne voudrais pas vous déprimer, mais Si vous avez utilisé un Mac ou un Spectre GCR sur votre ST, vous avez exécuté des programmes écrits par des gens qui sont morts du sida.

En Californie, on en parle même dans les journaux. Ailleurs, le débat est bien moins apparent, sauf dans les quelques communautés ayant un fort pourcentage de personnes gays. Sur les serveurs télématiques, il y a souvent des conférences fermées secrètes (pour éviter les perturbateurs), car parfois les gens se sentent seuls, désespérés, et ont besoin de parler. Si vous vous liez d’amitié avec ces personnes, et qu’elles vous font réellement confiance, vous pouvez être admis dans ces conférences télématiques. Ce fut mon cas. La conversation peut devenir effroyablement déprimante. Que pouvez-vous dire à quelqu’un dont le meilleur ami vient de mourir ? Que pouvez-vous dire à quelqu’un ayant découvert qu’il est séropositif, donc bientôt malade, donc bientôt mort ? Je n’ai jamais été capable de répondre, je ne saurais que dire. Par exemple, je suis incapable d’imaginer de perdre ma femme Sandy, lentement, jour après jour, douloureusement. Et que dire de l’énorme ressentiment vis-à-vis des lenteurs de la FDA ? [NdT : la Food and Drug Administration délivre les équivalents américains de nos Autorisations de Mise sur le Marché aux nouveaux médicaments]. Je comprends un peu mieux ce problème grâce à mon frère médecin la FDA doit s’entourer de précautions draconiennes. Mais le nombre de gens en train de mourir du sida rend morale l’expérimentation humaine des médicaments, et l’augmentation du taux de mortalité indique que l’on ferait mieux de se dépêcher. Les jusqu’au-boutistes parmi les participants à ces conférences télématiques discutent de la façon d’obtenir de nouvelles drogues expérimentales venant de Chine (« Composé Q «) ou de Tijuana, au Mexique, ou encore vous mettent en rapport, si vous le souhaitez, avec des gens qui fabriquent eux-mêmes d’autres composés (certains chimistes marrons sont excellents), et vous révèlent tout sur l’AZT (qui est pour l’instant ]e seul remède agréé, avec ses avantages et ses inconvénients). S’il est un sujet de discussion bien adapté aux conférences informatisées, c’est bien celui-là. Les gens devant leurs consoles ont besoin de parler. Je souhaiterais voir ce débat abordé dans des conférences ouvertes, mais les préjugés de notre société les en empêchent. Parfois, quelqu’un se connecte sur une conférence, avoue qu’il est gay, et récolte des avanies pour sa peine. Alors qu’une conférence fermée est idéale pour permettre à chaque interlocuteur isolé de déshumaniser l’autre.

La vraie raison des retards?

Toujours est-il que vous devriez essayer de deviner le nombre de projets, matériels ou logiciels, étant annulés ou retardés parce que les gens ne sont pas là pour y travailler, surtout dans la Silicon Valley. Mon ami qui est manager à XXX affirme tout bonnement que plusieurs gros projets Ont dû être abandonnés, réduits ou étalés sur plusieurs années – et retarder un projet dans cette industrie allant si vite est souvent signer l’arrêt de mort de celui-ci. De plus, les coûts d’assurance maladie accaparent de grosses sommes. On aboutit donc à manquer à la fois de gens qualifiés et de fonds.

Maintenant, repensez à tout ce que vous avez lu dans la presse informatique, concernant des projets retardés ou annulés, particulièrement ceux mobilisant beaucoup de gens et d’argent. Lisez entre les lignes ! Les compagnies sont impassibles, mais je me demande dans quelle mesure le sida a contribué à ces retards ? Je ne pense pas qu’il faille se demander “si”, mais bien “dans quelle mesure”. Et en dépit des précautions des gestionnaires, une compagnie ne vit en général que grâce à quelques personnes clés. Quand ils s’en vont, la compagnie dépérit. Idem bien sûr s’ils meurent.

Si vous étiez déjà un passionné d’informatique en 1980, repensez aux noms des développeurs de jeux qui marchaient bien à l’époque. Et demandez-vous où sont ces gens à présent. Attention, la réponse peut vous hanter (elle me hante bien, moi). Certains noms se rencontrent toujours (je suis toujours là). D’autres ont changé de secteur : Russ Wetmore est passé chez Apple après avoir écrit “Preppies !” où il a développé le cdev [NdT : programme résidant du Mac] Kolor, plus tout un tas de choses dont il ne peut pas parler… John Harris, connu pour son JawBreakers, s’est mis au vert et élève des chevaux, mais il apprécie toujours les Atari 8 bits… D’autres personnes, elles, ont disparu à jamais. Des personnes que j’avais rencontrées à des salons informatiques, avec lesquelles j’avais dîné, des gens avec lesquels j’avais débattu des mérites comparés de Mac/65 et de ASMIEDIT. Des gens qui m’avaient offert leurs planchers pour y dormir durant les salons informatiques. Je ne citerais aucun nom, mais cela me semble toujours irréel de voir une publicité avec une liste de logiciels 8 bits, et d’y voir un programme écrit par quelqu’un qui est mort.

Conclusion

Je voudrais bien avoir une conclusion à vous livrer. Mais je n’en ai aucune. Je constate que l’industrie informatique américaine compte une forte proportion de gens gays, et que cette maladie les tue. Je laisse à d’autres le soin de critiquer les efforts de recherche anti-sida découvrir quelque chose qui pourrait éradiquer ce virus serait écrire une nouvelle page de la médecine, pas une découverte mineure, et les médecins sont aussi déprimés que vous ou moi lorsqu’ils ont un patient mourant qu’ils ne peuvent aider. (Ils le sont même davantage. Songez que le progrès a accoutumé les médecins à l’idée de pouvoir guérir leurs patients.)

En définitive, peu importe l’opinion de chacun sur les homosexuels ou sur le sida. Le fait est que notre univers informatique s’en trouve affecté. Les choses ne vont pas aussi vite qu’elles le pourraient, et certains de nos meilleurs talents ont déjà disparu. D’autres vont y passer. Certains de ces gens apportent une contribution inestimable à notre industrie, et ils nous manqueront cruellement. De plus, nos participations aux dépenses de santé s’alourdissent. Et cela empirera bien avant qu’il y ait seulement des espoirs d’amélioration. Ne croyez pas lire ici quelque blâme àl’encontre des gens atteints du sida.

Je déteste cette maladie, pas ses victimes. De même, je ne blâme aucunement les gays.

Voilà ce que j’avais à dire. Cet article est fini, vous pouvez tourner la page. D’autres ne le peuvent pas. En comparaison, cela rend enviable même des situations tragiques comme revendeur d’Atari aux Etats-Unis. Mais quand je repense à Nick, à Levon, à Gary, à Jill, je ne peux me contraindre à tirer un trait. Je me rappellerai d’eux, et des autres qui les suivront sans nul doute dans l’avenir. Je me souviendrai, c’est tout ce que je peux faire.

Je ne suis pas satisfait de cet article. Comme les autres, je l’ai relu et repris plusieurs fois avant de le livrer, et je n’en suis toujours pas satisfait. Je crois que je sais pourquoi quand je conçois un article, il y a un début, un chemine-ment et une fin. Or, cet article-ci n’a pas de fin. Toutefois, j’aimerais préciser que c’était un des articles les plus durs à écrire que j’ai connu, car les souvenirs sont pénibles. Voyez-vous, quand mon copain de Cupertino m’a appelé il y a quelques jours, j’ai appris la disparition d’un autre ami, que j’avais revu en octobre 90.

Posted in Atari | Leave a comment

Apple 1 – Les autres 0 : “The tablet effect is real”

A peine sortie, voilà que la tablette de HP sous WebOS vient tirer sa révérence. HP vient d’annoncer une réorganisation de sa branche PC, dont dépendent les téléphones et tablettes, et d’arrêt des devices tournant sous WebOS.

HP TouchPad

HP TouchPad

A celà, Leo Apotheker, le CEO de HP, donnent deux explications. La première est que les ventes de tablettes cannibalisent les ventes de portables PC bas de gamme. Et la seconde est que par “tablettes” on parle surtout d’iPad, puisque la TouchPad ne se serait vendu qu’entre 25 000 et 200 000 exemplaires en 2 mois, alors qu’Apple a écoulé plus de 9 Millions d’iPad rien qu’au trimestre dernier. Les téléphones Pré sous WebOS passent aussi à la trappe.

HP a déboursé 1.2 Milliards de dollars en avril 2010 pour racheter Palm et WebOS, pour ne sortir qu’un téléphone pas terrible et une tablette copycat de l’iPad, qu’ils ont abandonné après un combat qui a duré 2 mois. Quel est l’intérêt de dépenser autant d’argent à racheter une techno et ne même pas lui laisser le temps de faire ses preuves ? A quoi çà sert de sortir un produit et de le tuer au bout de 2 mois ?

Aux dernières nouvelles , Motorola écouleraient moins de 300 000 Xoom par trimestre, Samsung offre une Galaxy Tab 10.1 à ceux qui achètent une télé et le Blackberry  Playbook se vend très mal. Les paris sont ouverts pour savoir quelle sera la prochaine tablette à subir le même sort que la TouchPad .

Posted in Uncategorized | Leave a comment

Facebook Wins “Worst API” in Developer Survey

Tous les développeurs qui se sont frottés au SDK Facebook se reconnaitront dans l’article.
Le SDK Facebook est incroyablement mauvais, non pas par la qualité des API, mais à cause d’un documentation partielle, de sample codes qui ne compilent pas et d’exemples qui ne fonctionnent même pas. Si vous voulez utiliser les API, il vaut mieux se promener et chercher les infos sur les forums plutôt que de consulter la documentation officielle. Evidemment tout cela à un coût en terme de temps perdu, que bien souvent les développeurs indépendants ne pourront pas re-facturer aux clients. Et si vous êtes salarié, vous avez inter^t à avoir un chef de projet compréhensif, car évidement, le problème ne peut pas venir de Facebook, étant donné qu’ils sont leader du marché, ils sont donc forcement irréprochable.
Ayant eu à faire avec ce SDK cette semaine et ayant reçu l’aide d’un ami développeur, qui s’était frotté au SDK quelque semaines auparavant, je suis en train de préparer un petit tutorial afin d’expliquer simplement et rapidement comment intégrer les API Facebook à votre application iOS ( iPhone + iPad ).

A lire sur TechCrunh

Posted in Uncategorized | Leave a comment

If you asked

Voici la nouvelle pub pour l’iPad 2.



Posted in Uncategorized | Leave a comment

A planet with better designers

Alors qu’Apple vient d’annoncer son nouvel iMac Quad Core, voici la vidéo de présentation du premier iMac. Ca se passait le 6 mai 1998. En 13 ans, Apple qui était au bord de la faillite, est devenue la 2ème capitalisation boursière américaine et a révolutionné l’industrie de la musique et de la téléphonie.

Posted in Apple | Leave a comment

Dave Small : Philosophie et Conception du SST 68030

Cet article a été publié dans le STMag n°55.

Ce mois-ci, Dave Small nous montre un aperçu bien tentant de la carte accélératrice SST 68030 pour ST, qui sera peut-être déjà commercialisée par Gadgets By Small lorsque paraîtront ces lignes. La carte s’annonce rapide, bien conçue, et… mais suivons plutôt Dave dans sa conception de cette carte, qui devrait mettre les ST au niveau des TT, avec même des répercussions pour les heureux possesseurs d’un TT.

Les accélérateurs

Un beau jour, on voulut accélérer le ST avec une idée brillante on mit un 68000 cadencé à 16 MHz dans un ST. L’horloge du ST fut modifiée pour battre à cette fréquence, et l’on espéra obtenir une augmentation de vitesse d’exécution des programmes. Après tout, le temps d’accès des RAM du ST est assez bas pour supporter cette fréquence d’accès.

L’expérience échoua. Cette méthode ne donna qu’une accélération d’environ 10%, au lieu du doublement de vitesse que l’on aurait pu naïvement espérer. Que s’était-il passé ? Simple : conflits avec la vidéo.

Voyez-vous, un 68000 lit chacune de ses instructions en mémoire, puis les exécute. A 8 MHz, le 68000 et la vidéo interfèrent rarement, et font leurs opérations avec la mémoire de façon bien séparée. Mais ce n’est plus le cas à 16 MHz à cette fréquence, le CPU requiert plus souvent l’accès à la mémoire. Face à cette situation, les circuits vidéo du ST forcent tranquillement le 68000 à accomplir un cycle d’attente (les fameux wait states) pour pouvoir accéder sans encombre à la mémoire. C’est toujours la vidéo qui est prioritaire. Car on ne peut pas ralentir le balayage du canon à électrons dans le tube TV. Pendant le bref instant où le canon balaie un pixel, on veut pouvoir l’alimenter en signal vidéo, car l’on ne veut pas voir apparaître de points noirs sur l’écran. Donc on fait attendre le 68000, qui le supporte très bien. Du coup, l’avantage d’une fréquence plus élevée est largement entamé, puisque l’on ne peut fournir au 68000 ses instructions assez vite. Il est impossible de couper la vidéo ou de rendre sa charge plus tolérable visa-vis de l’accès mémoire. Les circuits d’Atari (“custom chips”) ne peuvent être modifiés, et il est extrêmement délicat d’intercepter leurs interconnexions pour altérer leur fonctionnement. Les circuits GLUE et MMU fournissent sans arrêt des octets vidéo au Shifter, et ils se moquent de la gêne qu’ils nous apportent.

C’est ce qu’on appelle le goulot d’étranglement de la mémoire vidéo. Pas le choix, si vous voulez voir quelque chose sur votre écran, vous devez abandonner 8 MHz de bande passante de mémoire à la vidéo sur les 16 qu’elle peut fournir. Restent 8 MHz pour le 68000. Vous vous rappelez certains ordinateurs 8 bits où il fallait couper l’affichage graphique pour pouvoir aller à la vitesse maximum ? C’était déjà pour le même motif.

Accélérateur avec antémémoire

Le stade suivant en matière d’accélérateurs arriva avec les antémémoires, également appelées caches. Une antémémoire repose sur un principe simple. Mais d’abord une convention : appelons “RAM ST” la mémoire normale du ST, celle où voisinent la mémoire vidéo et les programmes d’un ST non trafiqué. Cela nous aidera à nous y retrouver lorsque nous mtroduirons une nouvelle sorte de mémoire. Une antémémoire fonctionne en réduisant le nombre d’accès à la RAM ST que doit faire le 68000 (accès au cours des quels il entre en conflit avec la vidéo). Elle est constituée d’une petite RAM statique (en général 16 ko) rapide. Ce qui signifie qu’elle est chère. Cela marche grâce au fait que la plupart des programmes tendent à accéder de manière répétée aux mêmes instructions.

Par exemple, supposons que nous programmions un effacement d’écran du ST. Cela consiste à écrire dans les 32000 octets de la RAM vidéo (elle-même n’étant qu’une simple zone de la RAM ST) l’octet représentant des pixels blancs. Cela donne à peu près
Compteur = 0
Adresse = Début de la RAM vidéo
BOUCLE:
Mettre un blanc dans Adresse
Incrémenter Compteur
Incrémenter Adresse
Si Compteur < 32000,
alors aller à BOUCLE

Si ce programme est en RAM ST et que nous essayons de le faire tourner à 16 MHz, les conflits avec la vidéo vont nous engendrer quantité de cycles d’attente, bien que les instructions exécutées soient 32000 fois les mêmes. Mais une antémémoire permet de garder dans une RAM spéciale les valeurs que vous lisez ou écrivez dans la RAM ST, ainsi que leurs adresses. Bien sûr, Si vous avez 4 Mo de RAM ST et 16 ko d’antémémoire, vous ne pouvez pas espérer tout y caser. Il a donc fallu adopter une règle d’occupation des précieux octets de l’antémémoire.

On utilise habituellement la règle de l’accès le plus récent chaque fois que vous accédez à une nouvelle adresse, celle ayant été accédée le plus longtemps auparavant est éliminée et recouverte par la nouvelle valeur.

Reprenons donc le programme ci-dessus sur une machine 16 MHz dotée de RAM ST à 8 MHz et d’une antémémoire. A présent, lorsque nous lisons les instructions de la boucle la première fois, elles sont lues dans la RAM ST avec la lenteur impo sée par celle-ci, et sont à la fois exécutées par le 68000 et stockées dans l’antémémoire, accompagnées d’une étiquette indiquant leur adresse. Lorsque nous exécutons la dernière instruction (“aller à BOUCLE”), le 68000 engendre une adresse que ‘antémémoire détecte c’est une vieille connaissance, elle correspond à des octets qui sont dans sa RAM Du coup, c’est le contrôleur d’antémémoire qui répond et non la RAM ST. Ainsi, le 68000 n’a plus à attendre les octets de la RAM ST.

Les antémémoires peuvent être une bonne ou une mauvaise solution, cela dépend du programme que vous exécutez. Si celui-ci contient une boucle tenant intégralement dans sa RAM, celle-ci peut être remplie durant le premier passage dans la boucle, et les itérations suivantes en bénéficient. Si le programme folâtre de saut en branchement, l’antémémoire n’a jamais réellement l’occasion de remplir son rôle, car 16 ko sont vite remplis, et il faut faire de la place pour les adresses suivantes.

Mon expérience personnelle confirme ces explications. J’ai un clone de PC tournant à 8 MHz comme le ST. J’y ai monté un accélérateur doté d’un 80386 à 16 MHz et de 16 ko d’antémémoire. J’ai découvert en l’utilisant que certaines opérations s’en trouvent accélérées tandis que d’autres y sont insensibles. Les petites boucles sont propulsées à toute allure, tandis que les gros programmes n’en retirent rien. Les benchmarks disent que la machine est 17 fois plus rapide qu’avant. C’est ridicule, ce n’est pas l’impression en ressortant à l’usage. Toutefois, les benchmarks se trouvent être précisément de petites boucles rapides, sur lesquelles l’antémémoire marche bien. D’où le chiffre mirifique. J’ai utilisé également des clones à base de 386 à 16 MHz dotés d’une RAM rapide, sans cycle d’attente (pas besoin d’antémémoire, par conséquent). Eh bien, la machine fonçait dans tout ce qu’elle faisait!

Impossible de lire le répertoire craché par un DIR tant cela va vite rien à voir avec mon clone modifié.

Conception, pas sabotage

Une méthode, pour faire une carte 68030, est de mettre un 68030 et une petite antémémoire (16 ko) sur un circuit imprimé. Ainsi, vous aurez de bons résultats aux benchmarks (très important, en particulier pour la pub : même si, dans des applications réelles, vous n’allez pas huit fois plus vite que le vieux ST, un benchmark claironnant un gain de 800% est bon pour la pub). Mais cela ne me tentait guère : c’est que j’avais jadis acheté des accélérateurs à antémémoire pour diverses machines. J’ai même acheté un accélérateur pour ST, doté d’un 68000 à 16 MHz et de 16 ko d’antémémoire. Des benchmarks sans signification les créditaient d’une vitesse double de celle du ST. Mais pour ce que j’en faisais (développement de logiciels), l’accélération obtenue était vraiment minime. C’était un accélérateur fantôme tantôt il répondait, tantôt il disparaissait. En moyenne, les programmes que je tenais pour significatifs obtenaient 50% d’accélération, comme pour une horloge à 12 MHz. Or, des mégahertz, j’en avais acheté 16, moi! Refaire ce bricolage ne m’intéressait donc guère.

Du coup, je commençais à réfléchir aux moyens de bien faire les choses. Je passais beaucoup de temps à me demander comment éviter que les circuits vidéo ne drainent la bande passante de la RAM ST. Je n’en trouvais aucun. Pendant ce temps, je voyais l’industrie évoluer autour de moi tandis qu’apparaissaient des ordinateur dotés de processeurs plus rapides et de capacités mémoires plus grandes.

Notre propre RAM

A ce moment, une pensée me vint pourquoi ne pas tout simplement ajouter de la mémoire au ST ? Ajoutons-y une mémoire interdite d’accès à ces satanés circuits vidéo, de façon à ce qu’elle ne soit pas réduite à 8 MHz de bande passante et qu’elle puisse tourner aussi vite que possible. Tant qu’on y est, organisons cette mémoire sur une “largeur” supérieure à celle du ST. Sur le ST, quand vous accédez à une adresse mémoire, vous lisez un mot à la fois, soit 16 bits ou deux octets. Moi, je voulais que ma mémoire m’envoie des longs mots de 32 bits (4 octets). Accéder à 4 octets consécutifs ne prend alors plus qu’un seul cycle d’accès mémoire au lieu de deux, ce qui économise des cycles d’horloge et se répercute aussi sur les cycles de précharge et de rafraîchissement de la RAM dynamique [NdT : voir à ce propos l'article "DRAMS" paru dans ST Mag 54, page 76]. Quant au CPU, il fallait que ce soit un 68030, pour des raisons de vitesse à tout le moins. Le 68000 n’est pas disponible en version plus rapide que 16 MHz, et d’ailleurs, 16 MHz ne constituent plus la pointe de la technologie aujourd’hui (bien qu’une véritable architecture à 16 MHz soit très rapide). Le 68030 était disponible en versions 16,25,33, 40 et 50 MHz, ce qui me plaisait bien je voulais une accélération suffisante pour m’arracher les oreilles.

Après avoir pris la décision d’ajouter de la mémoire, il fallait en fixer le type. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, même par rapport à seulement deux ans auparavant : la RAM dynamique est bon marché, elle est disponible en paquet familial. La RAM statique est ruineuse et ne se vend que par petit pot. Nous choisîmes donc la RAM dynamique, malgré les problèmes qu’elle ajoutait pour la conception, car elle permettait de réduire le prix de vente de la carte.

Cette RAM rapide nous donnait plusieurs avantages. D’abord, un programme chargé dans cette RAM tournerait très vite. Les conflits mémoires seraient réduits à zéro, ce qui est, nous l’avons vu, très important. Et il travaillerait sur 4 octets à la fois. Il pourrait tirer parti du mode “turbo” du 68030, appelé mode “burst” [NDLR : ou "en rafales" en français], dans lequel le 68030 lit des séries de mots consécutifs bien plus vite qu’en mode normal. Utiliser ce mode impose une conception spéciale de la carte, mais c’était faisable. Philosophiquement enfin, les utilisateurs de ST ayant besoin de davantage de RAM me décidèrent! Nous avons déjà dépassé le stade où 4 Mo de RAM étaient un espace si vaste que l’on ne pouvait rêver de le remplir. Certains utilitaires, comme celui de Codehead, permettent d’installer en mémoire autant d’accessoires que vous voulez. Des “switchers” vous offrent de passer instantanément d’un programme déjà chargé en mémoire à un autre. Les sons numérisés sont vraiment à l’étroit (ce sont de vrais goinfres à RAM). Les programmes de PAO trouvent aisément l’usage de RAM suplémentaire, surtout ceux utilisant des images numérisées… Et en dressant ainsi la liste de ce dont les gens avaient besoin, je concluais que je devais fournir davantage de vitesse et de RAM.

Nous fixâmes donc la RAM à 8 Mo (eh oui !, deux fois plus que n’en offre le haut de la gamme ST !), sous forme de connecteurs standard SIMM. Comme beaucoup de gens peuvent trouver facilement des barrettes SIMM chez leurs revendeurs, nous n’avons pas voulu imposer les nôtres et ajouter notre marge. Nous pouvons toujours vous en fournir si vous le voulez, mais tous les magazines informatiques regorgent d’annonces pour des barrettes SIMM. Mais attention, ces 8 Mo s’ajoutent aux 4 Mo déjà installables dans le ST. Ils n’en prennent pas la place. Vous aboutissez donc à une machine à 68030 et à 12 Mo de RAM. Ce qui est une puissance très honorable. Aller au-delà de 8 Mo ne nous a pas semblé prudent. Tout d’abord, il y a des problèmes d’adressage mémoire. L’agencement des zones mémoires du ST devient délicat vers la barrière des 14 Mo. Ensuite, nous ne voulions pas solliciter l’alimentation du ST trop fortement. Enfin, 12 Mo semblent sacrément confortables pour la quasi-totalité des gens! Mon Mac II en a 8 et je suis rarement à court de mémoire. Si nous tombons sur des forcenés de la mémoire voulant à tout prix utiliser des SIMM de 4 Mo, une modification mineure de la carte devrait leur donner satisfaction, à condition qu’ils écrivent des programmes vraiment intéressants! Cela leur donnerait 32 + 4 Mo, ce qui devrait suffire à tout le monde. Sinon, qu’ils aillent acheter un Cray comme Apple.

Cette RAM rapide, nous l’avons vu, est spéciale. Les circuits vidéo n’y ont pas accès. Rien ne vient interférer avec le 68030. D’où le nom de fastRAM que nous lui avons donné. Un programme chargé en fastRAM résoudra vos problèmes avant que vous ne les ayez exposés, tant il s’exécutera vite ! Les 4 Mo de la RAM ST demeureront parfaitement utilisables. Mais bien sûr, ils sont lents, la vidéo les limitant à 8 MHz. Vous ne devriez pas les utiliser à moins d’en avoir explicitement besoin – par exemple, si un programme a été écrit par quelqu’un supposant que la RAM du ST ne pourrait jamais dépasser 4 Mo, chose rare. Tous les accès disque et vidéo doivent se faire au travers de la RAM ST. Mais cela ne présente guère de problème, même pour moi qui doit écrire le logiciel faisant marcher tout ceci ! En fait, la vidéo est toujours attachée directement à la RAM ST, et si vous essayez d’écrire un bloc de données du disque vers la fastRAM, le bloc sera d’abord lu du disque et écrit en RAM ST, puis transféré (et sacrément vite !) en fastRAM. L’écriture sur disque utilise le mécanisme inverse le bloc est transféré de la fastRAM vers la RAM ST puis écrit sur disque. La vitesse du 68030 est telle qu’en dépit de ce transfert, les performances du disque n’en souffrent pas. Je ne pourrais le supporter, d’ailleurs. Sachez que je suis un fanatique de la rapidité des accès disques depuis que j’ai écrit le formateur Twister.

Connecteur d’extension

La carte SST est dotée d’un connecteur d’extension de bonne qualité pour permettre d’y brancher une carte supplémentaire. Car je ne suis pas satisfait d’avoir a me contenter de la vidéo du ST.

J’aimerais (j’aimerais même beaucoup) avoir une meilleure résolution, du genre Super-VGA. Avec tous les efforts de R&D, dans le monde IBM PC, contribuant à réduire les coûts, il semble scandaleux de ne pas tirer profit de ces circuits vidéo bon marché et d’excellente qualité…

Je suis par ailleurs convaincu de l’utilité des connecteurs d’extension, et nous avons l’intention de publier les spécifications de notre connecteur pour les gens voulant l’utiliser. Il ne s’agit pas d’un connecteur “réduit” ou “basse vitesse”, mais d’un accès direct aux bus de données, d’adresse et de contrôle du 68030, plus quelques autres signaux dont vous pourriez avoir besoin. Si vous développez, et Si vous voulez utiliser des processeurs puissants, vous allez pouvoir vous amuser avec la SST.

Compatibilité avec le ST

La SST originale fut bien sûr conçue pour le Mega ST. Nous devions bien commencer quelque part, et tous les membres de l’équipe de développement avaient un Mega I Toutefois, aux USA, seul un faible pourcentage d’utilisateurs de ST possède un Mega, et nous n’avons pas l’intention de renoncer à un marché aux USA ou en Europe. Nous pouvons donc vous assurer que des versions pour 520 et 1040 ST sont en chantier. Mais je dois préciser qu’elles seront délicates, car franchement, 8 Mo de SIMM prennent de la place et dégagent de la chaleur (ni le 520, ni le 1040 n’ont de ventilateur, et les pannes d’origine thermique sont légion en informatique, tous les vieux routards le savent) (NdT :exact, défaillance ou absence de ventilateur m’ont déjà mis en panne un disque dur de 1040 et une station Unix).

Une technique, dont on m’a parlé plusieurs fois, consiste à placer le 520 dans le boîtier d’un clone PC, en laissant le dessus du ST ouvert, et à introduire ensuite la SST avec des supports 64 broches en guise d’écarteurs. Cela marche et laisse la chaleur se dissiper. Digression pour bidouilleurs vous pouvez, si vous le souhaitez, utiliser un clavier externe de PC en le connectant à l’un des divers adaptateurs du marché. Les boîtiers de clones permettent de plus un montage aisé des disques durs et d’alimentations très répandues. Une “alim” de 65 watts pour clone suffit amplement. N’exagérez pas sa puissance, sinon votre “alim” ne sera pas assez chargée pour que sa régulation à découpage fonctionne correctement! Ma collection de disques durs tient actuellement dans deux boîtiers de clones. Fin de la digression.

Le 1040 est plus délicat encore. Il y a un certain nombre d’agencements de cartes mères en circulation pour les 1040, dont une avec le 68000 directement sous le clavier! Impossible pour celle-là d’y loger la SST. Sous réserve, nous devrions logiquement proposer un petit câble allant de la carte SST au socle du 68000, de façon à pouvoir installer la carte même dans ces cas.

Compatibilité logicielle

Pour être franc, nous espérons atteindre le même niveau de compatibilité que le TT, qui est d’environ 80%. Mais je dois avouer que je garde une carte dans la manche. Durant le développement du Spectre, j’ai appris quelques trucs particulièrement vicieux, pour corriger des logiciels Mac qui plantaient de façon vraiment bizarre, et il se trouve que la cause principale de plantage sur le TT se rapproche beaucoup d’une des bogues du Spectre que j’ai corrigée. je travaille actuellement sur un programme réparant les erreurs causées par certains dysfonctionnements logiciels, et qui, je le souhaite, permettra à beaucoup de programmes qui ne tournaient pas sur le SST de s’exécuter proprement. Si~ cela marche aussi bien que je l’espère, je pourrais le livrer avec le SST et en sortir une version pour le TT. Ce programme antiplantage est issu d’une de ces idées semblant parfaitement évidente lorsqu’on y songe et où il est clair que la solution sera efficace. Je me réfère à mes cinq ans d’expérience à faire fonctionner des programmes Mac sur du matériel non Apple.

J’espère bien que l’antiplantage marchera également sur le TT. Il y a déjà beaucoup trop de programmes pour ST seulement, ne fonctionnant pas sur le TT, et qui ne seront jamais mis à jour, et si je peux les corriger par un programme a mettre dans le dossier AUTO, je le ferai. L’expérience acquise sur le Mac, après l’effort ardu de correction de certains logiciels, fait que le concept est parfaitement clair dans ma tête et je n’entrevois aucun problème. Le 68000 et le 68030 sont en effet très compatibles, et la plupart des programmes ne plantent sur TT que pour des raisons ridiculement minimes. Il ne restera plus alors que les programmes, qui suivent Si peu les règles élémentaires qu’ils plantent pour des raisons plus profondes, et continueront, hélas!, à planter.

Une petite recommandation en passant, qui s’applique à l’achat d’un accélérateur quel qu’il soit. Beaucoup de logiciels sont protégés contre la copie par des techniques basées sur une cadence fixe et connue de l’horloge du microprocesseur, et défaillants si le processeur devient plus rapide. De même, il est difficile de charger un quelconque utilitaire antiplantage depuis une disquette autoboot (Hmmm… Peut-être devrais-je mettre ce programme dans les ROMs de la SST ?). Donc, prudence, monter un accélérateur non débrayant peut signifier devoir renoncer à vos jeux et logiciels protégés.

Installation

Installer la SST est simple. Vous devez prendre les précautions antistatiques habituelles (pas de chaussures, pas de vêtements synthétiques, pas de tapis en laine, pas de copine aux longs cheveux longuement brossés…). Enlevez votre 68000 de son socle. Pour cela, coupez les broches à l’aide d’une pince pointue spéciale (celle de Tandy est parfaite, en limant un peu ses bords extérieurs, on arrive à la glisser partout!), puis dessoudez les morceaux de broches à l’aide d’une pompe à dessouder et d’un fer à souder.

Ensuite, inspectez la carte du ST à l’endroit du 68000 et vérifiez l’absence de bavures de soudure faisant court-circuit et de pistes endommagées. Employez une loupe et un bon éclairage. Cette phase est cruciale.

Puis insérez dans la carte du ST le support à 64 broches fourni. Nous vous donnons même un 68000 de rechange pour le cas où vous voudriez revenir à un ST normal (ou le revendre sans la SST). Soudez le support. Vérifiez comme auparavant.

Mettez le nombre de barrettes SIMM que vous désirez dans les emplacements fastRAM de la SST. La largeur du bus du SST est de 32 bits, vous devez donc insérer 4 barrettes à la fois (0, 4 ou 8). Je vous recommande au moins 4 barrettes, toute la carte est conçue pour tirer parti de cette fastRAM.

Bien que l’on puisse constater un gain de performance dû au seul 68030 sans fastRAM, la carte n’atteint ses performances réelles qu’avec ses barrettes.

Enfin, mettez la carte dans le connecteur 64 broches et branchez le câble d’alimentation. Vérifiez que vous n’avez pas inséré en sautant une broche, et mettez sous tension.

Et l’antémémoire?

Non, pas d’antémémoire spécifique dans la SST. Nous avons longuement réfléchi. Nous avons conclu que disposer de 4 ou 8 Mo de fastRAM était mieux que d’avoir une petite antémémoire de vitesse équivalente. J’avoue ne pas tout comprendre quant aux chronogrammes des DRAM, mais George m’assure qu’en mode “burst”, notre montage surclasse même une antémémoire haute vitesse. Mais rassurez-vous, il y a quand même une antémémoire dans la SST à l’intérieur du 68030 se trouvent 256 octets dédiés à cet usage pour chacun des bus de données et d’instructions. Donc, Si vous exécutez une boucle serrée tenant dans ces 256 octets, votre 68030 aura la vitesse foudroyante typique des antémémoire. Et en dehors de ces boucles, le 68030 ira chercher ses instructions en mode “burst”, assurant la vitesse de débit maximale entre le processeur et la RAM.

Compatibilité ?

A notre grande surprise, bien après que les “specs” de la SST aient été fixées et que George ait commencé sa conception matérielle, noue entendîmes parler du TT. Le TT et la SST ont en commun quelques caractéristiques très intéressantes I D’abord, tous deux emploient un 68030. Le TT est doté d’un 68030 à 32 MHz, la SST utilise un processeur à 33 MHz (si vous le commandez, nous offrons aussi la version 16 MHz et envisageons les versions 25 et 40 MHz). Un malheureux mégahertz de plus ou de moins n’importera guère. Mais le TT utilise aussi de la fastRAM! Voire de la fastRAM à l’intérieur du TT, quand il apparut enfin, me rassura. Et – c’était quasiment inévitable – il y avait un cavalier pour sélectionner le mode “burst” I Ce qui m’avait rassuré et conforté, c’était de voir que les ingénieurs d’Atari s’étaient penchés sur les mêmes problèmes et avaient apporté des solutions identiques.

Le TT n’utilise d’ailleurs pas d’antémémoire autre que celle intégrée au 68030, laquelle, à en juger par ses performances, est largement suffisante. Mais après nous être penchés sur le TT en détail, nous avons découvert des points communs plus étonnants encore. Je le répète, la SST était en chantier quand le TT sortit. Or, les adresses de la fastRAM étaient les mêmes! Nous avions choisi notre adresse de début de la fastRAM plus ou moins au hasard, cela nous apparaissait comme un bon endroit pour mettre un décodage d’adresse. Et là, hasard irréel, c’était la même que celle du TT! Cela signifie que les logiciels développés spécifiquement pour le TT marcheront sur la SST, et la réciproque est très probablement vraie. Nos tests préliminaires nous donnent bon espoir. Beaucoup de choses fonctionnent déjà, et nous pouvons facilement changer les quelques détails qui manquent encore pour rendre la compatibilité totale.

Le test

Enfin, le Grand Jour arriva.

Il y a un programme très populaire pour le Mac appelé Speedometer, mesurant les performances de la machine. C’est encore un de ces benchmarks stupides, me direz-vous, mais celui-là est très connu. Bon. Nous avons donc chargé Spectre 3.1 (pas 3.0, 3.11) dans la SST. La version 3.1 contient des optimisations spécifiques au TT et à la SST. Par exemple, il s’arrange pour travailler en fastRAM, pas en RAM ST. C’est assez délicat et exige de remapper la mémoire à l’aide de la MMU du 68030. Nous fîmes ensuite tourner Speedometer sous l’émulateur Spectre. Lequel nous annonça que nous étions plus rapides que le Mac Ici. Or le Mac IIci est le second Mac le plus rapide de chez Apple, c’est une machine à 25 MHz avec toutes sortes de gadgets que seul surpasse le très coûteux Mac IIfx à 40 MHz. A ce stade, j’ai bien envie de déballer mon sac à clichés les fenêtres s’ouvrant et se fermant en un éclair, les menus apparaissant instantanément, les documents reformatés en un clin d’oeil, etc. Bref, ça fonçait.

Certes, le mode émulation Mac nous donne un avantage, car les Mac à base de 68020 sont sortis depuis suffisamment de temps, pour que tous les logiciels Mac tournent en utilisant le jeu d’instructions et les ressources du 68030, compatibilité ascendante oblige. Mais même en mode ST (pourtant limité; sauf exception, au jeu d’instructions du 68000), ce que j’ai vu m’a impressionné. En particulier, le changement de taille des fenêtres se fait instantanément. On ne voit plus l’écran se redessiner, ce qui montre que cette opération est faite le temps d’un balayage vertical, soit bien plus vite qu’avant.

Encore quelques petits réglages à faire – que je ne révélerai pas ici, car mes concurrents lisent mes articles – pour faire encore gagner un peu de vitesse à la SST, et je la lance dans la course.

Posted in Atari | Leave a comment