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L’interview de Jean-Louis Gassée
Le consulat de France à San Francisco vient de poster une interview de Jean-Louis Gassée en 2 vidéos de 30 minutes environ. Il y évoque son passage chez Apple, la culture d’entreprise aux US et en France et loue l’action de Steve Jobs à la tête d’Apple.
Pour rappel, JLG a été PDG d’Apple France, fondateur de Be ( revendu à Palm ) et associé gérant dans le fond de capital risque Allegis.
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Dave Small : Je me souviens
Cet article a été publié dans le ST Magazine n°56.
Qui a dit que les bidouilleurs étaient insensibles à tout ce qui ne touchait pas leur domaine technique ? Dave Small nous prouve ce mois-ci le contraire, en nous parlant d’un sujet extrêmement délicat. Les grandes précautions verbales dont Dave s’entoure sont indispensables aux USA, où le problème abordé est politique. D’autant plus qu’il touche aux aspects sociaux des entreprises informatiques américaines, dont Dave nous dévoile des facettes méconnues. Le sujet est, hélas !, d’actualité en France…
Pas de technique aujourd’hui
Il y a toutes sortes de sujets techniques dont j’aurais pu vous entretenir ce mois-ci. Nous avons la carte accélératrice SST, les réseaux, etc. Je pourrais jeter dans la conversation des wagons de notions techniques passionnantes, comme vitesse d’horloge, temps de montée des signaux, comptage d’événement déclenché par fronts montants, unité de gestion de mémoire par pagination, et mémoire virtuelle. Youpi!
L’ennui, c’est que je ne me sens vraiment pas d’attaque pour aborder ces sujets pour l’instant. Je crois que c’est dû au fait qu’après avoir vu le jeu d’arcade Battlezone, j’ai parlé à un ami de Cupertino qui en est l’auteur, ce qui m’a amené à écrire ceci (vous allez comprendre pourquoi). Cela fait longtemps que je pense à l’article que vous lisez, mais je n’avais jamais encore eu le courage de l’écrire. D’une part, il est dur d’écrire sur une question vous affectant personnellement. Et d’autre part, le sujet que je compte aborder a le don de déranger les gens, et je n’ai nulle envie de recevoir des lettres désagréables. Beaucoup de gens ont des sentiments très marqués à ce propos.
Bon, je me jette à l’eau. Il s’agit de choses très personnelles pour moi. Je me souviens de Nick. Je l’avais rencontré sur un serveur télématique. Nick m’avait dégoté un boulot chez XXX (un grand constructeur informatique – nom de la firme non dévoilé pour raisons juridiques. Certaines personnes se sont confiées à moi sous la condition expresse que leur nom ou celui de leur compagnie ne serait jamais dévoilé). Nick était gay et n’en faisait pas une histoire. Il vivait avec mon chef de cette époque. Eh oui, ils étaient gays tous deux ! Aucun ne prenait la peine de débattre du sujet, et cela ne les dérangeait aucunement. Ils vivaient à Saratoga dans la Silicon Valley, dans un beau pavillon, et travaillaient sur un projet fascinant. Dans la Silicon Valley, la plupart des informaticiens se fichent de ce que vous soyez gay ou non. A l’occasion, vous rencontrez un fanatique ou un gars du genre prêcheur, mais la plupart des gens s’en moquent et s’occupent de leurs propres affaires. Nick devint un expert autodidacte en optimisation des gros ordinateurs XXX. Cela consistait à allouer un disque plus rapide pour les opérations accédant au disque de manière intensive, ou encore à défragmenter un fichier très utilisé, etc. Il accrût ainsi les performances d’une machine de 200 % en un mois de travail. Il était sacrément bon dans sa partie. J’avais avec Nick le même type de relations qu’avec mes autres collègues à ce centre. Il avait ses espoirs et ses rêves, j’avais les miens, et nous en discutions parfois au cours du déjeuner. Nous étions tous deux fanas du jeu d’arcade “Battlezone” qui venait juste de sortir, et lorsque nous découvrîmes une façon d’échapper aux smart bombs à tête chercheuse, cela nous réjouit pour la semaine entière.
En 1980, j’étais très occupé à essayer de convaincre Sandy de m’épouser, et n’étais donc pas intéressé par d’autres relations. Nick était un ami, quoi. Vous comprendrez donc qu’il m’est dur de vous dire que Nick est récemment décédé du sida. Je ne sais même pas si mon ancien chef est vivant ou mort, et je ne puis trouver le courage de prendre le téléphone et d’appeler pour tenter de le savoir. Le simple fait d’écrire ceci me noue la gorge, car Nick était un ami, et tout ce qu’il a jamais été a disparu. je crois que je ne jouerai plus à Battlezone pour un bout de temps, trop de souvenirs s’y associent.
L’année 1980
En 1980, la communauté médicale commençait à peine à se demander ce qui pouvait bien donner tous ces sarcomes (cancers de la peau) à des homosexuels… Eh bien, nous savons àprésent! Nous ne savons même que trop bien. Quand l’on y songe, nous en sommes au stade où beaucoup de gens connaissent quelqu’un que les tests ont révélé être séropositif. Mon frère, qui est médecin, avait un ami proche depuis le collège, il était élève officier [NdT le corps des élèves officiers de réserve (ROTC) permet à de jeunes Américains de faire leurs études tout en étant pris en charge par l'armée, d'où le spectacle surprenant de ces étudiants en rangers et treillis, en côtoyant d'autres en baskets et jeans]. Il avait des ‘A’ partout et faisait partie des tireurs d’élite. Il est mort récemment. Mon frère voit tant de patients atteints du sida qu’il commence à perdre son détachement impersonnel et médical à ce sujet, et déteste littéralement cette maladie. Autre exemple, mon père a perdu il y a peu un collègue.
En 1980, j’ai discuté avec un gars du service du personnel à la compagnie XXX. Je quittais la compagnie pour épouser Sandy, ce qui me conduisait à changer de ville. Comme ce gars et moi nous connaissions depuis quelque temps, nous nous offrîmes un pot d’adieu autour de quelques bières.
Durant la discussion, le sujet de nos collègues gays fut abordé. Il fut très franc : c’était plus ou moins un standard de fait dans la compagnie de préférer embaucher des gays si possible. Oh pas pour remplir les quotas de discrimination positive. [NdT loi américaine très controversée obligeant les employeurs à embaucher des quotas de membres de diverses minorités officiellement reconnues, à la grande fureur de ceux s'estimant membres de minorités injustement méconnues, et au grand dam des employeurs parfois obligés de remplir leurs quotas en catastrophe avec le tout-venant.] Non, simplement parce que la compagnie estimait que les gays fournissaient plus de travail à moindre coût. Ecoutez, me dit-il, vous (il pointa son doigt vers moi), vous allez vous marier. Vous allez avoir une épouse, une famille, toute une série de dépenses d’assurances maladies, surtout avec des gosses. [NdT : aux USA, les employeurs ne paient pas à la sécurité sociale une part fixe dépendant du salaire comme en France, mais des assurances maladies pour chaque membre de la famille. Les employeurs paient aussi une part des dépenses médicales de leurs ex-employés retraités. Coût pour IBM, par exemple, au premier trimestre 1991: 2,3 milliards de dollars!] Vous allez aussi avoir des horaires. Il vous faudra être à la maison à cinq heures et demie le soir, et votre femme voudra vous voir pendant que vous serez à la maison. Impossible de faire des nuits blanches. Au contraire, si vous êtes célibataire et sans attaches, vous pouvez faire des heures supplémentaires. Et comme vous êtes “au forfait”, vous n’êtes pas payé pour ces heures vous êtes rémunéré sur des objectifs, pas à l’heure. Et surtout, vous n’avez pas de famille, pas d’assurance maladie à payer, sauf pour vous-même, et que diable, vous êtes jeune et sain (Les discussions actuelles de couverture médicale du sida pour les proches n’existaient pas en 1980.) C’est excellent pour la compagnie, dit-il. C’est pour ça que nous les embauchons. La compagnie XXX, en fait, avait un programme de recrutement de gays si actif, que 7 des 9 personnes de mon groupe de travail l’étaient. La discrétion qui régnait était telle, que je l’ai appris seulement le jour où j’ai quitté la boîte. J’en entends qui ricanent. Soyons adultes: c’était un environnement de travail tout ce qu’il y a de plus normal, avec des gens ordinaires. Je m’entendais avec certains, pas avec d’autres ; il y avait les politiques de la compagnie, les mémos internes, les bilans… Bref, un travail parmi tous ceux que j’ai eu depuis. Je n’étais ni harassé ni mis àl’écart d’une clique quelconque. J’ai également travaillé dans d’autres compagnies depuis lors, où des collègues étaient gays, et cela n’importait aucunement. Dans mon optique, soit une personne sait programmer et faire le boulot, soit elle ne sait pas. Rien d’autre n’importe réellement, vu qu’il y a si peu de programmeurs vraiment compétents que lorsque vous en dégotez un, vous vous moquez du reste.
Epitaphes magnétiques
Mais, comme vous le savez, les temps ont changé depuis 1980. La compagnie XXX est à présent submergée par les coûts vertigineux des hospitalisations d’employés atteints du sida [NdT : dans le cas des grosses compagnies, ce sont les mutuelles de la société qui règlent ces coûts d'assurance maladie]. J’en ai parlé à un manager de haut niveau de la compagnie XXX que je connais depuis des années. Il n’a pas voulu mentionner de chiffres, à ceci près qu’il a un peu pâli, mais selon lui, la compagnie avoue que sa politique de recrutement des années 70 et 80 engendre à présent des coûts très lourds en assurance maladie, et que l’embauche d’une personne atteinte du sida est ces temps-ci formellement proscrite. Il m’a aussi dit que le projet sur lequel Nick et mon ancien chef travaillaient était annulé du fait du décès de Nick.
Je ne citerai pas de nom, mais si vous avez possédé un Atari 8 bits, et utilisé quelques-uns de ses logiciels les plus populaires, vous avez sans doute fait tourner du code auquel mon groupe de travail a participé. Et si vous avez utilisé certains des utilitaires les plus puissants pour ces machines, vous avez sans aucun doute fait tourner des programmes écrits par des gens à présent morts. Des gens que je connaissais déjà en 1982, lorsque j’écrivais pour le magazine Creative Computing (tenez, je me rappelle même le temps où l’étage supérieur entier du 1196 Borregas Avenue constituait le bureau de Chris Crawford. Maintenant, il constitue la moitié de tout l’immeuble d’Atari). Je m’arrête un instant pour vous dire que cela me fait une impression très étrange, et même cauchemardesque, que la seule épitaphe de beaucoup de ces gens soit les quelques impulsions magnétiques d’une disquette composant leur programme. Tout le reste a disparu.
Discrétion
Dans l’informatique, beaucoup de gens ont un comportement, heu !…, assez peu sociable, et ne s’intéressent guère aux relations humaines pour commencer. A leur contact, vous ne percevez pas vraiment leur orientation sexuelle parce qu’ils présentent tant d’autres particularités.
Soyons concrets : quand vous parlez a un programmeur d’un top niveau mondial, ayant son ordinateur, son lit et son vélo d’appartement dans la même pièce, et qui n’a pas pris de douche depuis cinq jours, vous êtes déjà assez occupé à rester dos au vent (ça m’est arrivé plus d’une fois). Beaucoup de ces gens sont gays ; et parce que l’opinion dominante est “cela ne me regarde pas”, on n’en parle jamais (je ne dis d’ailleurs pas qu’il faille en parler).
Incidemment, beaucoup de journalistes de la presse informatique [NdT : aux USA, et cela n'implique nullement Pressimage] partagent cette préférence sexuelle, et cela influence leur façon d’écrire. Quand je lis un reportage sur une personne que je sais être gay, et que certaines choses sont mentionnées, cela change de signification… Il faut alors lire entre les lignes, car dans ce milieu, les gays ont appris à rester réservés. Par exemple, supposons que dans une interview imaginaire, quelqu’un dise que “ce nouvel ordinateur a été conçu par un groupe qui était d’une grande cohésion de style, car il n y avait pas de place pour les conflits personnels”. Vous pouvez traduire cela de vous-même. Vous ne me croiriez pas si je vous disais que c’est un cas réel, n’est-ce pas ? Eh bien, je crains de vous décevoir, car c’est vrai, j’en ai la certitude absolue. Notez que j’ai été extrêmement vague car je n’aime guère les visites d’huissiers. Et, de plus, cela constituerait une intrusion dans la vie privée que de nommer la compagnie, les gens, l’époque, le code et le processeur, mais je le sais.
Ou, tenez, à propos d’Apple. J’ai discuté ces dernières années avec de nombreuses personnes de cette firme. Certains d’entre eux proviennent même d’Atari (durant l’Epoque Noire de 1984, Apple avait gelé ses embauches, mais avait levé ce gel le temps de récupérer des gens d’Atari qui étaient licenciés en masse). D’autres au contraire se sont convertis au ST. Avec tous les gens d’Apple, j’ai toujours entendu la même chose sur ce sujet. C’est une compagnie très fermée, soit vous êtes dans le clan, soit vous restez en dehors, point final. D’abord, ils commencent par discuter avec vous, par essayer de vous connaître, et s’assurer que vous n’êtes pas du genre à les sermonner ou à être choqué par la vie privée d’autrui. En général, ils glissent dans la conversation qu’Untel est gay, et regardent si cela vous choque. Si vous ne sourcillez pas, il n’y a plus de problème. Après quoi, ils vous confient qu’Apple supporte des coûts de soins médicaux très, très élevés pour certains de ses employés, et ils vous ouvrent peu à peu les yeux vis-à-vis de ceux-ci.
Un ami, en lequel j’ai confiance, m’a dit qu’Apple était même l’une des rares compagnies qui pouvait envisager de vous embaucher si vous étiez séropositif, ou participerait à vos frais médicaux si vous viviez avec quelqu’un qui l’était. Cet ami trouvait stupéfiant qu’Apple puisse toujours se le permettre en ces temps de crise quant à moi, je sais où est passé un peu du prix des deux Mac IIfx de Gadgets By Small (et je trouve que c’est tant mieux). Mais le débat est toujours de personne à personne. Il ne fait pas les gros titres, parce que la première chose qui se passe, lorsque ce Sujet est débattu en public, est que les gens commencent à s’écrier : “Bien fait, c’est périr par où l’on pèche”, ou bien “On ne s’en occupe pas assez”. Le débat fait rage ailleurs et je ne compte pas y entrer.
Franchement, je me moque des hauts débats philosophiques et des grands discours, et je ne pense pas que mes sentiments affecteront les recherches en cours. Des amis à moi sont en train de mourir, c’est tout.
Douche froide, déprime et drogues douteuses
A l’expo MacWorld, il y a quelque temps, j ai assiste à la démo d’Hypercard donnée par Bill Atkinson, son auteur. Après avoir montré les fantastiques possibilités de ce logiciel et son orientation objet, la dernière chose qu’il montra fut la pile “Sida” [NdT : les applications écrites en Hypercard sont représentées sous forme de piles de cartes], affichant le nombre de gens morts du sida, avec mises à jour toutes les minutes. Ce fut une douche froide, qui mit fin abruptement à ce qui fut par ailleurs une présentation enthousiaste, devant une audience en délire qui admirait un authentique héros-programmeur. Mais comme le dit un de mes amis de chez Apple : “BilI connaît des gens qui sont mourants. Ce sont ses amis depuis des années. Quelle démo serait plus appropriée à ses yeux ?” Et je suis bien obligé d’être d’accord. Simplement, je crois que je n’aurais pas eu le cran de faire ce qu’a fait Bill.
Je ne voudrais pas vous déprimer, mais Si vous avez utilisé un Mac ou un Spectre GCR sur votre ST, vous avez exécuté des programmes écrits par des gens qui sont morts du sida.
En Californie, on en parle même dans les journaux. Ailleurs, le débat est bien moins apparent, sauf dans les quelques communautés ayant un fort pourcentage de personnes gays. Sur les serveurs télématiques, il y a souvent des conférences fermées secrètes (pour éviter les perturbateurs), car parfois les gens se sentent seuls, désespérés, et ont besoin de parler. Si vous vous liez d’amitié avec ces personnes, et qu’elles vous font réellement confiance, vous pouvez être admis dans ces conférences télématiques. Ce fut mon cas. La conversation peut devenir effroyablement déprimante. Que pouvez-vous dire à quelqu’un dont le meilleur ami vient de mourir ? Que pouvez-vous dire à quelqu’un ayant découvert qu’il est séropositif, donc bientôt malade, donc bientôt mort ? Je n’ai jamais été capable de répondre, je ne saurais que dire. Par exemple, je suis incapable d’imaginer de perdre ma femme Sandy, lentement, jour après jour, douloureusement. Et que dire de l’énorme ressentiment vis-à-vis des lenteurs de la FDA ? [NdT : la Food and Drug Administration délivre les équivalents américains de nos Autorisations de Mise sur le Marché aux nouveaux médicaments]. Je comprends un peu mieux ce problème grâce à mon frère médecin la FDA doit s’entourer de précautions draconiennes. Mais le nombre de gens en train de mourir du sida rend morale l’expérimentation humaine des médicaments, et l’augmentation du taux de mortalité indique que l’on ferait mieux de se dépêcher. Les jusqu’au-boutistes parmi les participants à ces conférences télématiques discutent de la façon d’obtenir de nouvelles drogues expérimentales venant de Chine (« Composé Q «) ou de Tijuana, au Mexique, ou encore vous mettent en rapport, si vous le souhaitez, avec des gens qui fabriquent eux-mêmes d’autres composés (certains chimistes marrons sont excellents), et vous révèlent tout sur l’AZT (qui est pour l’instant ]e seul remède agréé, avec ses avantages et ses inconvénients). S’il est un sujet de discussion bien adapté aux conférences informatisées, c’est bien celui-là. Les gens devant leurs consoles ont besoin de parler. Je souhaiterais voir ce débat abordé dans des conférences ouvertes, mais les préjugés de notre société les en empêchent. Parfois, quelqu’un se connecte sur une conférence, avoue qu’il est gay, et récolte des avanies pour sa peine. Alors qu’une conférence fermée est idéale pour permettre à chaque interlocuteur isolé de déshumaniser l’autre.
La vraie raison des retards?
Toujours est-il que vous devriez essayer de deviner le nombre de projets, matériels ou logiciels, étant annulés ou retardés parce que les gens ne sont pas là pour y travailler, surtout dans la Silicon Valley. Mon ami qui est manager à XXX affirme tout bonnement que plusieurs gros projets Ont dû être abandonnés, réduits ou étalés sur plusieurs années – et retarder un projet dans cette industrie allant si vite est souvent signer l’arrêt de mort de celui-ci. De plus, les coûts d’assurance maladie accaparent de grosses sommes. On aboutit donc à manquer à la fois de gens qualifiés et de fonds.
Maintenant, repensez à tout ce que vous avez lu dans la presse informatique, concernant des projets retardés ou annulés, particulièrement ceux mobilisant beaucoup de gens et d’argent. Lisez entre les lignes ! Les compagnies sont impassibles, mais je me demande dans quelle mesure le sida a contribué à ces retards ? Je ne pense pas qu’il faille se demander “si”, mais bien “dans quelle mesure”. Et en dépit des précautions des gestionnaires, une compagnie ne vit en général que grâce à quelques personnes clés. Quand ils s’en vont, la compagnie dépérit. Idem bien sûr s’ils meurent.
Si vous étiez déjà un passionné d’informatique en 1980, repensez aux noms des développeurs de jeux qui marchaient bien à l’époque. Et demandez-vous où sont ces gens à présent. Attention, la réponse peut vous hanter (elle me hante bien, moi). Certains noms se rencontrent toujours (je suis toujours là). D’autres ont changé de secteur : Russ Wetmore est passé chez Apple après avoir écrit “Preppies !” où il a développé le cdev [NdT : programme résidant du Mac] Kolor, plus tout un tas de choses dont il ne peut pas parler… John Harris, connu pour son JawBreakers, s’est mis au vert et élève des chevaux, mais il apprécie toujours les Atari 8 bits… D’autres personnes, elles, ont disparu à jamais. Des personnes que j’avais rencontrées à des salons informatiques, avec lesquelles j’avais dîné, des gens avec lesquels j’avais débattu des mérites comparés de Mac/65 et de ASMIEDIT. Des gens qui m’avaient offert leurs planchers pour y dormir durant les salons informatiques. Je ne citerais aucun nom, mais cela me semble toujours irréel de voir une publicité avec une liste de logiciels 8 bits, et d’y voir un programme écrit par quelqu’un qui est mort.
Conclusion
Je voudrais bien avoir une conclusion à vous livrer. Mais je n’en ai aucune. Je constate que l’industrie informatique américaine compte une forte proportion de gens gays, et que cette maladie les tue. Je laisse à d’autres le soin de critiquer les efforts de recherche anti-sida découvrir quelque chose qui pourrait éradiquer ce virus serait écrire une nouvelle page de la médecine, pas une découverte mineure, et les médecins sont aussi déprimés que vous ou moi lorsqu’ils ont un patient mourant qu’ils ne peuvent aider. (Ils le sont même davantage. Songez que le progrès a accoutumé les médecins à l’idée de pouvoir guérir leurs patients.)
En définitive, peu importe l’opinion de chacun sur les homosexuels ou sur le sida. Le fait est que notre univers informatique s’en trouve affecté. Les choses ne vont pas aussi vite qu’elles le pourraient, et certains de nos meilleurs talents ont déjà disparu. D’autres vont y passer. Certains de ces gens apportent une contribution inestimable à notre industrie, et ils nous manqueront cruellement. De plus, nos participations aux dépenses de santé s’alourdissent. Et cela empirera bien avant qu’il y ait seulement des espoirs d’amélioration. Ne croyez pas lire ici quelque blâme àl’encontre des gens atteints du sida.
Je déteste cette maladie, pas ses victimes. De même, je ne blâme aucunement les gays.
Voilà ce que j’avais à dire. Cet article est fini, vous pouvez tourner la page. D’autres ne le peuvent pas. En comparaison, cela rend enviable même des situations tragiques comme revendeur d’Atari aux Etats-Unis. Mais quand je repense à Nick, à Levon, à Gary, à Jill, je ne peux me contraindre à tirer un trait. Je me rappellerai d’eux, et des autres qui les suivront sans nul doute dans l’avenir. Je me souviendrai, c’est tout ce que je peux faire.
Je ne suis pas satisfait de cet article. Comme les autres, je l’ai relu et repris plusieurs fois avant de le livrer, et je n’en suis toujours pas satisfait. Je crois que je sais pourquoi quand je conçois un article, il y a un début, un chemine-ment et une fin. Or, cet article-ci n’a pas de fin. Toutefois, j’aimerais préciser que c’était un des articles les plus durs à écrire que j’ai connu, car les souvenirs sont pénibles. Voyez-vous, quand mon copain de Cupertino m’a appelé il y a quelques jours, j’ai appris la disparition d’un autre ami, que j’avais revu en octobre 90.
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Apple 1 – Les autres 0 : “The tablet effect is real”
A peine sortie, voilà que la tablette de HP sous WebOS vient tirer sa révérence. HP vient d’annoncer une réorganisation de sa branche PC, dont dépendent les téléphones et tablettes, et d’arrêt des devices tournant sous WebOS.
A celà, Leo Apotheker, le CEO de HP, donnent deux explications. La première est que les ventes de tablettes cannibalisent les ventes de portables PC bas de gamme. Et la seconde est que par “tablettes” on parle surtout d’iPad, puisque la TouchPad ne se serait vendu qu’entre 25 000 et 200 000 exemplaires en 2 mois, alors qu’Apple a écoulé plus de 9 Millions d’iPad rien qu’au trimestre dernier. Les téléphones Pré sous WebOS passent aussi à la trappe.
HP a déboursé 1.2 Milliards de dollars en avril 2010 pour racheter Palm et WebOS, pour ne sortir qu’un téléphone pas terrible et une tablette copycat de l’iPad, qu’ils ont abandonné après un combat qui a duré 2 mois. Quel est l’intérêt de dépenser autant d’argent à racheter une techno et ne même pas lui laisser le temps de faire ses preuves ? A quoi çà sert de sortir un produit et de le tuer au bout de 2 mois ?
Aux dernières nouvelles , Motorola écouleraient moins de 300 000 Xoom par trimestre, Samsung offre une Galaxy Tab 10.1 à ceux qui achètent une télé et le Blackberry Playbook se vend très mal. Les paris sont ouverts pour savoir quelle sera la prochaine tablette à subir le même sort que la TouchPad .
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Facebook Wins “Worst API” in Developer Survey
Tous les développeurs qui se sont frottés au SDK Facebook se reconnaitront dans l’article.
Le SDK Facebook est incroyablement mauvais, non pas par la qualité des API, mais à cause d’un documentation partielle, de sample codes qui ne compilent pas et d’exemples qui ne fonctionnent même pas. Si vous voulez utiliser les API, il vaut mieux se promener et chercher les infos sur les forums plutôt que de consulter la documentation officielle. Evidemment tout cela à un coût en terme de temps perdu, que bien souvent les développeurs indépendants ne pourront pas re-facturer aux clients. Et si vous êtes salarié, vous avez inter^t à avoir un chef de projet compréhensif, car évidement, le problème ne peut pas venir de Facebook, étant donné qu’ils sont leader du marché, ils sont donc forcement irréprochable.
Ayant eu à faire avec ce SDK cette semaine et ayant reçu l’aide d’un ami développeur, qui s’était frotté au SDK quelque semaines auparavant, je suis en train de préparer un petit tutorial afin d’expliquer simplement et rapidement comment intégrer les API Facebook à votre application iOS ( iPhone + iPad ).
A lire sur TechCrunh
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A planet with better designers
Alors qu’Apple vient d’annoncer son nouvel iMac Quad Core, voici la vidéo de présentation du premier iMac. Ca se passait le 6 mai 1998. En 13 ans, Apple qui était au bord de la faillite, est devenue la 2ème capitalisation boursière américaine et a révolutionné l’industrie de la musique et de la téléphonie.
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Dave Small : Philosophie et Conception du SST 68030
Cet article a été publié dans le STMag n°55.
Ce mois-ci, Dave Small nous montre un aperçu bien tentant de la carte accélératrice SST 68030 pour ST, qui sera peut-être déjà commercialisée par Gadgets By Small lorsque paraîtront ces lignes. La carte s’annonce rapide, bien conçue, et… mais suivons plutôt Dave dans sa conception de cette carte, qui devrait mettre les ST au niveau des TT, avec même des répercussions pour les heureux possesseurs d’un TT.
Les accélérateurs
Un beau jour, on voulut accélérer le ST avec une idée brillante on mit un 68000 cadencé à 16 MHz dans un ST. L’horloge du ST fut modifiée pour battre à cette fréquence, et l’on espéra obtenir une augmentation de vitesse d’exécution des programmes. Après tout, le temps d’accès des RAM du ST est assez bas pour supporter cette fréquence d’accès.
L’expérience échoua. Cette méthode ne donna qu’une accélération d’environ 10%, au lieu du doublement de vitesse que l’on aurait pu naïvement espérer. Que s’était-il passé ? Simple : conflits avec la vidéo.
Voyez-vous, un 68000 lit chacune de ses instructions en mémoire, puis les exécute. A 8 MHz, le 68000 et la vidéo interfèrent rarement, et font leurs opérations avec la mémoire de façon bien séparée. Mais ce n’est plus le cas à 16 MHz à cette fréquence, le CPU requiert plus souvent l’accès à la mémoire. Face à cette situation, les circuits vidéo du ST forcent tranquillement le 68000 à accomplir un cycle d’attente (les fameux wait states) pour pouvoir accéder sans encombre à la mémoire. C’est toujours la vidéo qui est prioritaire. Car on ne peut pas ralentir le balayage du canon à électrons dans le tube TV. Pendant le bref instant où le canon balaie un pixel, on veut pouvoir l’alimenter en signal vidéo, car l’on ne veut pas voir apparaître de points noirs sur l’écran. Donc on fait attendre le 68000, qui le supporte très bien. Du coup, l’avantage d’une fréquence plus élevée est largement entamé, puisque l’on ne peut fournir au 68000 ses instructions assez vite. Il est impossible de couper la vidéo ou de rendre sa charge plus tolérable visa-vis de l’accès mémoire. Les circuits d’Atari (“custom chips”) ne peuvent être modifiés, et il est extrêmement délicat d’intercepter leurs interconnexions pour altérer leur fonctionnement. Les circuits GLUE et MMU fournissent sans arrêt des octets vidéo au Shifter, et ils se moquent de la gêne qu’ils nous apportent.
C’est ce qu’on appelle le goulot d’étranglement de la mémoire vidéo. Pas le choix, si vous voulez voir quelque chose sur votre écran, vous devez abandonner 8 MHz de bande passante de mémoire à la vidéo sur les 16 qu’elle peut fournir. Restent 8 MHz pour le 68000. Vous vous rappelez certains ordinateurs 8 bits où il fallait couper l’affichage graphique pour pouvoir aller à la vitesse maximum ? C’était déjà pour le même motif.
Accélérateur avec antémémoire
Le stade suivant en matière d’accélérateurs arriva avec les antémémoires, également appelées caches. Une antémémoire repose sur un principe simple. Mais d’abord une convention : appelons “RAM ST” la mémoire normale du ST, celle où voisinent la mémoire vidéo et les programmes d’un ST non trafiqué. Cela nous aidera à nous y retrouver lorsque nous mtroduirons une nouvelle sorte de mémoire. Une antémémoire fonctionne en réduisant le nombre d’accès à la RAM ST que doit faire le 68000 (accès au cours des quels il entre en conflit avec la vidéo). Elle est constituée d’une petite RAM statique (en général 16 ko) rapide. Ce qui signifie qu’elle est chère. Cela marche grâce au fait que la plupart des programmes tendent à accéder de manière répétée aux mêmes instructions.
Par exemple, supposons que nous programmions un effacement d’écran du ST. Cela consiste à écrire dans les 32000 octets de la RAM vidéo (elle-même n’étant qu’une simple zone de la RAM ST) l’octet représentant des pixels blancs. Cela donne à peu près
Compteur = 0
Adresse = Début de la RAM vidéo
BOUCLE:
Mettre un blanc dans Adresse
Incrémenter Compteur
Incrémenter Adresse
Si Compteur < 32000,
alors aller à BOUCLE
Si ce programme est en RAM ST et que nous essayons de le faire tourner à 16 MHz, les conflits avec la vidéo vont nous engendrer quantité de cycles d’attente, bien que les instructions exécutées soient 32000 fois les mêmes. Mais une antémémoire permet de garder dans une RAM spéciale les valeurs que vous lisez ou écrivez dans la RAM ST, ainsi que leurs adresses. Bien sûr, Si vous avez 4 Mo de RAM ST et 16 ko d’antémémoire, vous ne pouvez pas espérer tout y caser. Il a donc fallu adopter une règle d’occupation des précieux octets de l’antémémoire.
On utilise habituellement la règle de l’accès le plus récent chaque fois que vous accédez à une nouvelle adresse, celle ayant été accédée le plus longtemps auparavant est éliminée et recouverte par la nouvelle valeur.
Reprenons donc le programme ci-dessus sur une machine 16 MHz dotée de RAM ST à 8 MHz et d’une antémémoire. A présent, lorsque nous lisons les instructions de la boucle la première fois, elles sont lues dans la RAM ST avec la lenteur impo sée par celle-ci, et sont à la fois exécutées par le 68000 et stockées dans l’antémémoire, accompagnées d’une étiquette indiquant leur adresse. Lorsque nous exécutons la dernière instruction (“aller à BOUCLE”), le 68000 engendre une adresse que ‘antémémoire détecte c’est une vieille connaissance, elle correspond à des octets qui sont dans sa RAM Du coup, c’est le contrôleur d’antémémoire qui répond et non la RAM ST. Ainsi, le 68000 n’a plus à attendre les octets de la RAM ST.
Les antémémoires peuvent être une bonne ou une mauvaise solution, cela dépend du programme que vous exécutez. Si celui-ci contient une boucle tenant intégralement dans sa RAM, celle-ci peut être remplie durant le premier passage dans la boucle, et les itérations suivantes en bénéficient. Si le programme folâtre de saut en branchement, l’antémémoire n’a jamais réellement l’occasion de remplir son rôle, car 16 ko sont vite remplis, et il faut faire de la place pour les adresses suivantes.
Mon expérience personnelle confirme ces explications. J’ai un clone de PC tournant à 8 MHz comme le ST. J’y ai monté un accélérateur doté d’un 80386 à 16 MHz et de 16 ko d’antémémoire. J’ai découvert en l’utilisant que certaines opérations s’en trouvent accélérées tandis que d’autres y sont insensibles. Les petites boucles sont propulsées à toute allure, tandis que les gros programmes n’en retirent rien. Les benchmarks disent que la machine est 17 fois plus rapide qu’avant. C’est ridicule, ce n’est pas l’impression en ressortant à l’usage. Toutefois, les benchmarks se trouvent être précisément de petites boucles rapides, sur lesquelles l’antémémoire marche bien. D’où le chiffre mirifique. J’ai utilisé également des clones à base de 386 à 16 MHz dotés d’une RAM rapide, sans cycle d’attente (pas besoin d’antémémoire, par conséquent). Eh bien, la machine fonçait dans tout ce qu’elle faisait!
Impossible de lire le répertoire craché par un DIR tant cela va vite rien à voir avec mon clone modifié.
Conception, pas sabotage
Une méthode, pour faire une carte 68030, est de mettre un 68030 et une petite antémémoire (16 ko) sur un circuit imprimé. Ainsi, vous aurez de bons résultats aux benchmarks (très important, en particulier pour la pub : même si, dans des applications réelles, vous n’allez pas huit fois plus vite que le vieux ST, un benchmark claironnant un gain de 800% est bon pour la pub). Mais cela ne me tentait guère : c’est que j’avais jadis acheté des accélérateurs à antémémoire pour diverses machines. J’ai même acheté un accélérateur pour ST, doté d’un 68000 à 16 MHz et de 16 ko d’antémémoire. Des benchmarks sans signification les créditaient d’une vitesse double de celle du ST. Mais pour ce que j’en faisais (développement de logiciels), l’accélération obtenue était vraiment minime. C’était un accélérateur fantôme tantôt il répondait, tantôt il disparaissait. En moyenne, les programmes que je tenais pour significatifs obtenaient 50% d’accélération, comme pour une horloge à 12 MHz. Or, des mégahertz, j’en avais acheté 16, moi! Refaire ce bricolage ne m’intéressait donc guère.
Du coup, je commençais à réfléchir aux moyens de bien faire les choses. Je passais beaucoup de temps à me demander comment éviter que les circuits vidéo ne drainent la bande passante de la RAM ST. Je n’en trouvais aucun. Pendant ce temps, je voyais l’industrie évoluer autour de moi tandis qu’apparaissaient des ordinateur dotés de processeurs plus rapides et de capacités mémoires plus grandes.
Notre propre RAM
A ce moment, une pensée me vint pourquoi ne pas tout simplement ajouter de la mémoire au ST ? Ajoutons-y une mémoire interdite d’accès à ces satanés circuits vidéo, de façon à ce qu’elle ne soit pas réduite à 8 MHz de bande passante et qu’elle puisse tourner aussi vite que possible. Tant qu’on y est, organisons cette mémoire sur une “largeur” supérieure à celle du ST. Sur le ST, quand vous accédez à une adresse mémoire, vous lisez un mot à la fois, soit 16 bits ou deux octets. Moi, je voulais que ma mémoire m’envoie des longs mots de 32 bits (4 octets). Accéder à 4 octets consécutifs ne prend alors plus qu’un seul cycle d’accès mémoire au lieu de deux, ce qui économise des cycles d’horloge et se répercute aussi sur les cycles de précharge et de rafraîchissement de la RAM dynamique [NdT : voir à ce propos l'article "DRAMS" paru dans ST Mag 54, page 76]. Quant au CPU, il fallait que ce soit un 68030, pour des raisons de vitesse à tout le moins. Le 68000 n’est pas disponible en version plus rapide que 16 MHz, et d’ailleurs, 16 MHz ne constituent plus la pointe de la technologie aujourd’hui (bien qu’une véritable architecture à 16 MHz soit très rapide). Le 68030 était disponible en versions 16,25,33, 40 et 50 MHz, ce qui me plaisait bien je voulais une accélération suffisante pour m’arracher les oreilles.
Après avoir pris la décision d’ajouter de la mémoire, il fallait en fixer le type. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, même par rapport à seulement deux ans auparavant : la RAM dynamique est bon marché, elle est disponible en paquet familial. La RAM statique est ruineuse et ne se vend que par petit pot. Nous choisîmes donc la RAM dynamique, malgré les problèmes qu’elle ajoutait pour la conception, car elle permettait de réduire le prix de vente de la carte.
Cette RAM rapide nous donnait plusieurs avantages. D’abord, un programme chargé dans cette RAM tournerait très vite. Les conflits mémoires seraient réduits à zéro, ce qui est, nous l’avons vu, très important. Et il travaillerait sur 4 octets à la fois. Il pourrait tirer parti du mode “turbo” du 68030, appelé mode “burst” [NDLR : ou "en rafales" en français], dans lequel le 68030 lit des séries de mots consécutifs bien plus vite qu’en mode normal. Utiliser ce mode impose une conception spéciale de la carte, mais c’était faisable. Philosophiquement enfin, les utilisateurs de ST ayant besoin de davantage de RAM me décidèrent! Nous avons déjà dépassé le stade où 4 Mo de RAM étaient un espace si vaste que l’on ne pouvait rêver de le remplir. Certains utilitaires, comme celui de Codehead, permettent d’installer en mémoire autant d’accessoires que vous voulez. Des “switchers” vous offrent de passer instantanément d’un programme déjà chargé en mémoire à un autre. Les sons numérisés sont vraiment à l’étroit (ce sont de vrais goinfres à RAM). Les programmes de PAO trouvent aisément l’usage de RAM suplémentaire, surtout ceux utilisant des images numérisées… Et en dressant ainsi la liste de ce dont les gens avaient besoin, je concluais que je devais fournir davantage de vitesse et de RAM.
Nous fixâmes donc la RAM à 8 Mo (eh oui !, deux fois plus que n’en offre le haut de la gamme ST !), sous forme de connecteurs standard SIMM. Comme beaucoup de gens peuvent trouver facilement des barrettes SIMM chez leurs revendeurs, nous n’avons pas voulu imposer les nôtres et ajouter notre marge. Nous pouvons toujours vous en fournir si vous le voulez, mais tous les magazines informatiques regorgent d’annonces pour des barrettes SIMM. Mais attention, ces 8 Mo s’ajoutent aux 4 Mo déjà installables dans le ST. Ils n’en prennent pas la place. Vous aboutissez donc à une machine à 68030 et à 12 Mo de RAM. Ce qui est une puissance très honorable. Aller au-delà de 8 Mo ne nous a pas semblé prudent. Tout d’abord, il y a des problèmes d’adressage mémoire. L’agencement des zones mémoires du ST devient délicat vers la barrière des 14 Mo. Ensuite, nous ne voulions pas solliciter l’alimentation du ST trop fortement. Enfin, 12 Mo semblent sacrément confortables pour la quasi-totalité des gens! Mon Mac II en a 8 et je suis rarement à court de mémoire. Si nous tombons sur des forcenés de la mémoire voulant à tout prix utiliser des SIMM de 4 Mo, une modification mineure de la carte devrait leur donner satisfaction, à condition qu’ils écrivent des programmes vraiment intéressants! Cela leur donnerait 32 + 4 Mo, ce qui devrait suffire à tout le monde. Sinon, qu’ils aillent acheter un Cray comme Apple.
Cette RAM rapide, nous l’avons vu, est spéciale. Les circuits vidéo n’y ont pas accès. Rien ne vient interférer avec le 68030. D’où le nom de fastRAM que nous lui avons donné. Un programme chargé en fastRAM résoudra vos problèmes avant que vous ne les ayez exposés, tant il s’exécutera vite ! Les 4 Mo de la RAM ST demeureront parfaitement utilisables. Mais bien sûr, ils sont lents, la vidéo les limitant à 8 MHz. Vous ne devriez pas les utiliser à moins d’en avoir explicitement besoin – par exemple, si un programme a été écrit par quelqu’un supposant que la RAM du ST ne pourrait jamais dépasser 4 Mo, chose rare. Tous les accès disque et vidéo doivent se faire au travers de la RAM ST. Mais cela ne présente guère de problème, même pour moi qui doit écrire le logiciel faisant marcher tout ceci ! En fait, la vidéo est toujours attachée directement à la RAM ST, et si vous essayez d’écrire un bloc de données du disque vers la fastRAM, le bloc sera d’abord lu du disque et écrit en RAM ST, puis transféré (et sacrément vite !) en fastRAM. L’écriture sur disque utilise le mécanisme inverse le bloc est transféré de la fastRAM vers la RAM ST puis écrit sur disque. La vitesse du 68030 est telle qu’en dépit de ce transfert, les performances du disque n’en souffrent pas. Je ne pourrais le supporter, d’ailleurs. Sachez que je suis un fanatique de la rapidité des accès disques depuis que j’ai écrit le formateur Twister.
Connecteur d’extension
La carte SST est dotée d’un connecteur d’extension de bonne qualité pour permettre d’y brancher une carte supplémentaire. Car je ne suis pas satisfait d’avoir a me contenter de la vidéo du ST.
J’aimerais (j’aimerais même beaucoup) avoir une meilleure résolution, du genre Super-VGA. Avec tous les efforts de R&D, dans le monde IBM PC, contribuant à réduire les coûts, il semble scandaleux de ne pas tirer profit de ces circuits vidéo bon marché et d’excellente qualité…
Je suis par ailleurs convaincu de l’utilité des connecteurs d’extension, et nous avons l’intention de publier les spécifications de notre connecteur pour les gens voulant l’utiliser. Il ne s’agit pas d’un connecteur “réduit” ou “basse vitesse”, mais d’un accès direct aux bus de données, d’adresse et de contrôle du 68030, plus quelques autres signaux dont vous pourriez avoir besoin. Si vous développez, et Si vous voulez utiliser des processeurs puissants, vous allez pouvoir vous amuser avec la SST.
Compatibilité avec le ST
La SST originale fut bien sûr conçue pour le Mega ST. Nous devions bien commencer quelque part, et tous les membres de l’équipe de développement avaient un Mega I Toutefois, aux USA, seul un faible pourcentage d’utilisateurs de ST possède un Mega, et nous n’avons pas l’intention de renoncer à un marché aux USA ou en Europe. Nous pouvons donc vous assurer que des versions pour 520 et 1040 ST sont en chantier. Mais je dois préciser qu’elles seront délicates, car franchement, 8 Mo de SIMM prennent de la place et dégagent de la chaleur (ni le 520, ni le 1040 n’ont de ventilateur, et les pannes d’origine thermique sont légion en informatique, tous les vieux routards le savent) (NdT :exact, défaillance ou absence de ventilateur m’ont déjà mis en panne un disque dur de 1040 et une station Unix).
Une technique, dont on m’a parlé plusieurs fois, consiste à placer le 520 dans le boîtier d’un clone PC, en laissant le dessus du ST ouvert, et à introduire ensuite la SST avec des supports 64 broches en guise d’écarteurs. Cela marche et laisse la chaleur se dissiper. Digression pour bidouilleurs vous pouvez, si vous le souhaitez, utiliser un clavier externe de PC en le connectant à l’un des divers adaptateurs du marché. Les boîtiers de clones permettent de plus un montage aisé des disques durs et d’alimentations très répandues. Une “alim” de 65 watts pour clone suffit amplement. N’exagérez pas sa puissance, sinon votre “alim” ne sera pas assez chargée pour que sa régulation à découpage fonctionne correctement! Ma collection de disques durs tient actuellement dans deux boîtiers de clones. Fin de la digression.
Le 1040 est plus délicat encore. Il y a un certain nombre d’agencements de cartes mères en circulation pour les 1040, dont une avec le 68000 directement sous le clavier! Impossible pour celle-là d’y loger la SST. Sous réserve, nous devrions logiquement proposer un petit câble allant de la carte SST au socle du 68000, de façon à pouvoir installer la carte même dans ces cas.
Compatibilité logicielle
Pour être franc, nous espérons atteindre le même niveau de compatibilité que le TT, qui est d’environ 80%. Mais je dois avouer que je garde une carte dans la manche. Durant le développement du Spectre, j’ai appris quelques trucs particulièrement vicieux, pour corriger des logiciels Mac qui plantaient de façon vraiment bizarre, et il se trouve que la cause principale de plantage sur le TT se rapproche beaucoup d’une des bogues du Spectre que j’ai corrigée. je travaille actuellement sur un programme réparant les erreurs causées par certains dysfonctionnements logiciels, et qui, je le souhaite, permettra à beaucoup de programmes qui ne tournaient pas sur le SST de s’exécuter proprement. Si~ cela marche aussi bien que je l’espère, je pourrais le livrer avec le SST et en sortir une version pour le TT. Ce programme antiplantage est issu d’une de ces idées semblant parfaitement évidente lorsqu’on y songe et où il est clair que la solution sera efficace. Je me réfère à mes cinq ans d’expérience à faire fonctionner des programmes Mac sur du matériel non Apple.
J’espère bien que l’antiplantage marchera également sur le TT. Il y a déjà beaucoup trop de programmes pour ST seulement, ne fonctionnant pas sur le TT, et qui ne seront jamais mis à jour, et si je peux les corriger par un programme a mettre dans le dossier AUTO, je le ferai. L’expérience acquise sur le Mac, après l’effort ardu de correction de certains logiciels, fait que le concept est parfaitement clair dans ma tête et je n’entrevois aucun problème. Le 68000 et le 68030 sont en effet très compatibles, et la plupart des programmes ne plantent sur TT que pour des raisons ridiculement minimes. Il ne restera plus alors que les programmes, qui suivent Si peu les règles élémentaires qu’ils plantent pour des raisons plus profondes, et continueront, hélas!, à planter.
Une petite recommandation en passant, qui s’applique à l’achat d’un accélérateur quel qu’il soit. Beaucoup de logiciels sont protégés contre la copie par des techniques basées sur une cadence fixe et connue de l’horloge du microprocesseur, et défaillants si le processeur devient plus rapide. De même, il est difficile de charger un quelconque utilitaire antiplantage depuis une disquette autoboot (Hmmm… Peut-être devrais-je mettre ce programme dans les ROMs de la SST ?). Donc, prudence, monter un accélérateur non débrayant peut signifier devoir renoncer à vos jeux et logiciels protégés.
Installation
Installer la SST est simple. Vous devez prendre les précautions antistatiques habituelles (pas de chaussures, pas de vêtements synthétiques, pas de tapis en laine, pas de copine aux longs cheveux longuement brossés…). Enlevez votre 68000 de son socle. Pour cela, coupez les broches à l’aide d’une pince pointue spéciale (celle de Tandy est parfaite, en limant un peu ses bords extérieurs, on arrive à la glisser partout!), puis dessoudez les morceaux de broches à l’aide d’une pompe à dessouder et d’un fer à souder.
Ensuite, inspectez la carte du ST à l’endroit du 68000 et vérifiez l’absence de bavures de soudure faisant court-circuit et de pistes endommagées. Employez une loupe et un bon éclairage. Cette phase est cruciale.
Puis insérez dans la carte du ST le support à 64 broches fourni. Nous vous donnons même un 68000 de rechange pour le cas où vous voudriez revenir à un ST normal (ou le revendre sans la SST). Soudez le support. Vérifiez comme auparavant.
Mettez le nombre de barrettes SIMM que vous désirez dans les emplacements fastRAM de la SST. La largeur du bus du SST est de 32 bits, vous devez donc insérer 4 barrettes à la fois (0, 4 ou 8). Je vous recommande au moins 4 barrettes, toute la carte est conçue pour tirer parti de cette fastRAM.
Bien que l’on puisse constater un gain de performance dû au seul 68030 sans fastRAM, la carte n’atteint ses performances réelles qu’avec ses barrettes.
Enfin, mettez la carte dans le connecteur 64 broches et branchez le câble d’alimentation. Vérifiez que vous n’avez pas inséré en sautant une broche, et mettez sous tension.
Et l’antémémoire?
Non, pas d’antémémoire spécifique dans la SST. Nous avons longuement réfléchi. Nous avons conclu que disposer de 4 ou 8 Mo de fastRAM était mieux que d’avoir une petite antémémoire de vitesse équivalente. J’avoue ne pas tout comprendre quant aux chronogrammes des DRAM, mais George m’assure qu’en mode “burst”, notre montage surclasse même une antémémoire haute vitesse. Mais rassurez-vous, il y a quand même une antémémoire dans la SST à l’intérieur du 68030 se trouvent 256 octets dédiés à cet usage pour chacun des bus de données et d’instructions. Donc, Si vous exécutez une boucle serrée tenant dans ces 256 octets, votre 68030 aura la vitesse foudroyante typique des antémémoire. Et en dehors de ces boucles, le 68030 ira chercher ses instructions en mode “burst”, assurant la vitesse de débit maximale entre le processeur et la RAM.
Compatibilité ?
A notre grande surprise, bien après que les “specs” de la SST aient été fixées et que George ait commencé sa conception matérielle, noue entendîmes parler du TT. Le TT et la SST ont en commun quelques caractéristiques très intéressantes I D’abord, tous deux emploient un 68030. Le TT est doté d’un 68030 à 32 MHz, la SST utilise un processeur à 33 MHz (si vous le commandez, nous offrons aussi la version 16 MHz et envisageons les versions 25 et 40 MHz). Un malheureux mégahertz de plus ou de moins n’importera guère. Mais le TT utilise aussi de la fastRAM! Voire de la fastRAM à l’intérieur du TT, quand il apparut enfin, me rassura. Et – c’était quasiment inévitable – il y avait un cavalier pour sélectionner le mode “burst” I Ce qui m’avait rassuré et conforté, c’était de voir que les ingénieurs d’Atari s’étaient penchés sur les mêmes problèmes et avaient apporté des solutions identiques.
Le TT n’utilise d’ailleurs pas d’antémémoire autre que celle intégrée au 68030, laquelle, à en juger par ses performances, est largement suffisante. Mais après nous être penchés sur le TT en détail, nous avons découvert des points communs plus étonnants encore. Je le répète, la SST était en chantier quand le TT sortit. Or, les adresses de la fastRAM étaient les mêmes! Nous avions choisi notre adresse de début de la fastRAM plus ou moins au hasard, cela nous apparaissait comme un bon endroit pour mettre un décodage d’adresse. Et là, hasard irréel, c’était la même que celle du TT! Cela signifie que les logiciels développés spécifiquement pour le TT marcheront sur la SST, et la réciproque est très probablement vraie. Nos tests préliminaires nous donnent bon espoir. Beaucoup de choses fonctionnent déjà, et nous pouvons facilement changer les quelques détails qui manquent encore pour rendre la compatibilité totale.
Le test
Enfin, le Grand Jour arriva.
Il y a un programme très populaire pour le Mac appelé Speedometer, mesurant les performances de la machine. C’est encore un de ces benchmarks stupides, me direz-vous, mais celui-là est très connu. Bon. Nous avons donc chargé Spectre 3.1 (pas 3.0, 3.11) dans la SST. La version 3.1 contient des optimisations spécifiques au TT et à la SST. Par exemple, il s’arrange pour travailler en fastRAM, pas en RAM ST. C’est assez délicat et exige de remapper la mémoire à l’aide de la MMU du 68030. Nous fîmes ensuite tourner Speedometer sous l’émulateur Spectre. Lequel nous annonça que nous étions plus rapides que le Mac Ici. Or le Mac IIci est le second Mac le plus rapide de chez Apple, c’est une machine à 25 MHz avec toutes sortes de gadgets que seul surpasse le très coûteux Mac IIfx à 40 MHz. A ce stade, j’ai bien envie de déballer mon sac à clichés les fenêtres s’ouvrant et se fermant en un éclair, les menus apparaissant instantanément, les documents reformatés en un clin d’oeil, etc. Bref, ça fonçait.
Certes, le mode émulation Mac nous donne un avantage, car les Mac à base de 68020 sont sortis depuis suffisamment de temps, pour que tous les logiciels Mac tournent en utilisant le jeu d’instructions et les ressources du 68030, compatibilité ascendante oblige. Mais même en mode ST (pourtant limité; sauf exception, au jeu d’instructions du 68000), ce que j’ai vu m’a impressionné. En particulier, le changement de taille des fenêtres se fait instantanément. On ne voit plus l’écran se redessiner, ce qui montre que cette opération est faite le temps d’un balayage vertical, soit bien plus vite qu’avant.
Encore quelques petits réglages à faire – que je ne révélerai pas ici, car mes concurrents lisent mes articles – pour faire encore gagner un peu de vitesse à la SST, et je la lance dans la course.
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Le petit monde de Dave Small : souvenir de hacker
Ce mois-ci, Dave Small nous fait un exposé d’archéo-informatique, science des ordinateurs des temps reculés où ces machines étaient énormes, ruineuses, et assurées contre les incendies et les raids des Vikings. En même temps, il nous prouve que sa vocation de bidouilleur (en anglais, hacker) s’affirmait déjà avant même qu’il ne passe son bac.
Souvenir de hacker
Beaucoup de gens affirment que le bon vieux temps des hackers est révolu. Le livre “Hackers” de Steve Levy (chaudement recommandé, il contient même une partie sur l’Atari 8 bits et sur John Harris, auteur des jeux Jawbreakers et Frogger), a un épilogue intitulé “le dernier hacker” sur Richard Stallman, de la Free Software Foundation, père du projet GNU (NdT voir ST-MAG numéro 47). Et Rick Cook, auteur de SF et d’Heroic Fantasy, a écrit de moi sur BIX (NdT : le serveur du magazine américain Byte) “Dave est l’un des derniers bidouilleurs fous restant.” J’ai tout simplement envie de pousser un soupir désespéré. C’est de l’égotisme aigu! Voici des gens prétendant que, sous prétexte qu’ils ont vécu durant le Bon Vieux Temps, ce qui se fait actuellement n’est pas de la Bidouille. Vous savez, la vraie bidouille, avec le menton hautain et tout. C’est l’équivalent du grand-père disant “Moi, quand j’étais enfant et que j’allais à l’école, il fallait que je marche dix kilomètres pieds nus, dans les tempêtes de neige, en montant la pente à l’aller et au retour.” Peuh ! Petite pause le temps d’une définition le bidouillage, ou hacking, ne consiste pas à faire intrusion dans des ordinateurs bancaires, entre autres méfaits vulgarisés par les mass-médias.
Le bidouillage consiste à repousser les limites du possible, à “pousser l’enveloppe” (NdT : expression d’ingénieur aéronautique, l’enveloppe étant celles des courbes paramétriques définissant le domaine de vol d’un avion. Pousser l’enveloppe, c’est élargir les conditions limites entre lesquelles l’engin tient toujours en l’air). Cela ne se limite pas à l’informatique. Il y a des bidouilleurs dans toutes les occupations et tous les loisirs.
Goddard était un bidouilleur de fusées, Scholz un bidouilleur de guitares et d’électronique analogique, etc. Il faut que j’y aille de mon couplet chaque fois que j’aborde le sujet, de façon à ce que les gens sachent que je ne parle pas du film WarGames ni du “ver” du réseau Internet.
De plus, je commence à être fatigué d’entendre des gens se vanter de ce qu’ils arrivaient à faire avec huit malheureux kilooctets sur un PDP-8 (ou autre bécane antédiluvienne), tout en ricanant à propos des mégaoctets de mémoire des machines d’aujourd’hui, comme si les défis n’étaient pas toujours aussi grands. J’ai une nouvelle à annoncer à ces gens-là : les bidouilleurs ne sont pas (mais alors, pas du tout!) dans une maison de retraite à bavasser sur le labo d’intelligence artificielle du MIT dans les années 60. Le bidouillage est vivant, bien vivant.
Quelques exemples
Jez (Jeremy) San est un très bon programmeur. Son jeu StarGlider II relève du génie pur. Il a créé une disquette qui boote et fonctionne à la fois sur Amiga et sur ST. Un seul programme pour deux machines, et qui plus est, un programe écrit en assembleur 68000 ultra-optimisé. C’est incroyable. Des machines complètement différentes, des architectures, principes d’affichages, sons, complètement différents, et ce gars fait un disque fonctionnant sur les deux machines.
J’aimerais beaucoup travailler avec Jez San. Je l’ai rencontré lorsque je suis allé en Angleterre avec ma femme Sandy, il y a quelque temps, et nous sommes restés en contact. Il dépense ses royalties en appels transatlantiques pour se connecter à BIX (!).
- Je viens d’avoir une copie de la Union Demo (NdT : c’était en 1989, on a fait mieux depuis !). C’est gratuit, téléchargez-la, elle vaut largement le temps de transfert. Grâce à des temporisations bien calculées, le logiciel parvient à supprimer les marges imposées autour de l’écran par les circuits du ST. Cela leur permet de faire des graphismes plein écran. Et bien sur, cela a été fait en langage assembleur.
- Charles Johnson et John Eidsvoog de Codehead continuent de bidouiller le TOS du ST au-delà de toute vraisemblance (et comme le dit leur T-shirt “Ici on parte assembleur.” Je crois que je suis un peu partial envers l’assembleur, hein?).
L’air de ne pas y toucher, ils ont écrit un remplacement pour le GDOS (nommé G+ PLUS), un extenseur d’accessoires de bureau (MultiDesk), et autres choses réputées “impossibles”. Ils m’ébahissent en permanence. J’aimerais beaucoup travailler avec eux aussi.
- Mon petit bidouillage personnel, Magic Sac, puis Spectre 128, à présent le Spectre GCR, est plutôt bien accepté à présent. Même les bigots du Mac en ont entendu parler, et admettent à contrecoeur qu’il marche. De plus, j’ai honnêtement le sentiment que je ferais avec mon projet Hyperweb la même chose que ce que SideKick a fait sur PC complètement changer la façon dont nous utilisons nos machines. Hyperweb m’accapare actuellement tant l’esprit qu’il interfère avec les touches finales que j’apporte à GCR.
Je m’efforce de ne pas écrire au sujet d’Hyperweb tant qu’il n’est pas publié et offert à l’admiration générale. Notez que Hyperweb est une marque déposée de Gadgets By Small… Donc, ceci n’est pas un article sur le bon vieux temps à jamais révolu du vrai bidouillage. C’est juste une poignée de souvenirs amusants que je vous livre.
Viens-en au fait Dave!
Ça va, d’accord, d’accord
Je suis allé au collège de XXXXX (Note: le nom de l’école a été effacé pour protéger les coupables). Notre système informatique consistait en un télétype (NdT : ou téléscripteur) ASR-33. Nous nous connections par modem et téléphone à un système en temps partagé appelé “Hewey”, un ordinateur Hewlett-Packard 2000C.
Le système HP 2000C était en lui-même un joli bidouillage. Il était constitué de deux mini-ordinateurs, un HP 2114 et un HP 2116, et se débrouillait pour supporter 32 utilisateurs simultanément. Ce qui n’était absolument pas trivial. Pour fournir le contexte historique (je suis né en 1958), disons qu’il utilisait une mémoire à tambour pour son espace de pagination et disposait de 64 ko de mémoire centrale. Le tout nouveau système 2 000 F utilisait un disque amovible de cinq mégaoctets – vous savez, ceux qui faisaient 60 cm de diamètre (trop jeune pour vous en rappeler, hmmm ?). Naturellement, vous appreniez d’abord à faire tout ce que l’ordinateur vous laisse faire avant de vous mettre à bidouiller.
Je plongeai donc dans les manuels HP, qui étaient aussi mauvais que le sont les manuels du ST ou d’Unix aujourd’hui, et j’appris le basic HP. Il n’y avait pas d’autre langage, ni d’éditeur. Ensuite, j’ai commandé à Cupertino (NdT : siège de Hewlett-Packard) les manuels de l’assembleur HP 2100. Je connaissais un peu le basic, mais je devins expert en basic HP. J’appris les finesses de l’instruction ASSIGN, et me tins au courant des nouveaux appels systèmes introduits par HP. Par exemple, la fonction PRO(), qui interdisait à l’utilisateur d’interrompre le programme. Je fis tout cela au détriment du travail scolaire, que je trouvais ennuyeux à en crever. D’où mon modeste 13/20 de moyenne générale. Pas terrible, direz-vous. Mais supposons que VOUS ayez eu un cours d’histoire américaine enseigné par un prof atteint d’un complexe de culpabilité aigu, qui aurait passé presque tout son temps sur les Bons Sauvages Indiens et comment les vilains blancs les ont oppressés. Une journée sur les trois milliards d’années de la Terre jusqu’à Christophe Colomb, puis la révolution américaine, puis un millénaire sur les Bons Sauvages, puis une journée, à la fin, sur les Indiens à travers la guerre de Sécession. Encore aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de frémir en regardant un Bon Sauvage en peinture. Eh bien! je suppose que VOUS aussi préféreriez vous asseoir à ce télétype ASR33 et réfléchir à des bidouilles! Ce terminal était rapide : dix caractères par seconde. Je l’avais monté à onze, ce que l’ASR-33 supportait, même s’il faisait un drôle de bruit (mais impossible d’aller jusqu’à douze). Cette vitesse correspondait à une transmission de 110 bauds, ce qui est la raison pour laquelle tous les programmes de télécommunication du monde doivent encore supporter cette vitesse lamentablement lente : quelque pauvre hère pourrait encore avoir, quelque part, un télétype. L’ordinateur disposait de disques durs d’environ 20 mégaoctets. Les trois quarts de ces disques étaient interdits pour une raison purement politique : l’administrateur essayait d’obtenir un disque plus gros, et tentait d’appuyer sa demande par des plaintes d’utilisateurs mécontents, plaintes qui, il l’espérait, se multiplieraient à cause de l’espace disque insuffisant et l’aideraient à faire aboutir sa demande. Ma mémoire de masse personnelle consistait en bandes de papier perforé. Elles offraient une inépuisable source d’amusement : à la fin de la journée, on ramassait les minuscules confettis dans le perforateur et on les jetait dans les cheveux de quelqu’un. Quoi qu’on fit, l’électricité statique les maintenait dans la chevelure jusqu’à la fin du semestre. Même aujourd’hui, j’ai de ces bandes de papier dans ma boîte à souvenirs, et les regarder me fait chaud au coeur. Ma femme Sandy veut que je les jette. Argh j’avais aussi acheté une bande magnétique (!) et avais demandé aux opérateurs système d’enregistrer mes fichiers dessus. Ce qui avait probablement occupé deux mètres sur les 800 de la bande, mais quelle sensation !
Joyeux noël à tous!
Un jour, je remarquai que l’ASR-33 était “à réponse automatique”, comme un modem du même métal. En fait, quand on appelait le télétype depuis un autre terminal, il se mettait en marche automatiquement comme par magie. Cela était nécessaire pour que les télétypes de la Western Union remplissent leur fonction originale, la transmission des télex. Un caractère de fin de transmission, Control-D, remettait le terminal à l’arrêt (les parasites sur la ligne créaient beaucoup de faux Control-D, qui arrêtaient le terminal, jusqu’à ce que je bloque la tige de détection de ce caractère à l’aide d’un élastique).
Hélas!, la salle où se trouvait le télétype était celle où enseignait un prof de math, un certain Jack Myslik, dit Jack le Pantin. Nous, les bidouilleurs, étions régulièrement expulsés de la salle, à notre grande irritation. J’allais donc au second terminal, dans un autre bâtiment, et la veille des vacances de Noël, je mis en place un complot. Jack faisait son cours. Dans un coin se trouvait le télétype. Brutalement, sans que quiconque y touche, l’ASR-33 se mit en marche. Et faisant joyeusement sonner sa clochette, il cracha du papier, imprima “Joyeux Noël à tous” , signé “Hewey l’ordinateur”, puis se déconnecta. Dès cette époque, j’avais appris à me couvrir. J’étais accompagné d’un autre professeur, et nous étions tous deux morts de rire tandis que j’introduisais une bande de papier dans le second terminal qui avait appelé celui de la salle de maths. Je pensais que la double caution d’un professeur et de la saison des voeux-aux-hommes-de-bonne-volonté me mettraient à l’abri des représailles. Curieusement, cela s’avéra exact (depuis, je n’ai plus guère eu de chance en pariant sur la bonne volonté des gens). Jack le prit remarquablement bien. La classe en resta, me dit-on, stupéfaite.
Les experts es HP
Bientôt, je commençai à explorer le monde qui gravitait autour du HP. Il y avait une bibliothèque de programmes systèmes très intéressante. C’était les mêmes noms qui apparaissaient sans arrêt dans le code source, et c’est de ces gens que j’ai appris le plus. Les opérateurs du HP s’appelaient Phil Tubb et John Ridges, et ils étaient vraiment brillants. Plus tard, ils formèrent ALF, une boîte qui faisait des cartes musicales et à coprocesseur 68000 pour Apple Il, puis une affaire de duplication de disques très profitable. John Ridges est sans conteste le meilleur programmeur que j’aie jamais rencontré, HackerCon ou pas, et un concepteur de matériel hors pair. Même Dan Moore, qui n’est pas manchot, le dit sans hésiter. Et John a également une personnalité attachante, ce qui manque cruellement à bien des informaticiens géniaux.
Je découvris que ces gens avaient formé un club d’utilisateurs, le Jefferson County Computer Club, ou J3C, qui tenait des réunions mensuelles. Je commençai à y assister, et y découvris encore davantage. Ils avaient créé sur le HP un serveur RTC qui était excellent. C’est là que je participai à mes premières discussions télématiques. De plus, ils enseignaient l’assembleur, et avaient même réussi à persuader le gestionnaire du système de les laisser arrêter le HP le samedi matin, pour que les élèves de ce cours puissent essayer leurs programmes en assembleur (ces programmes ne pouvaient pas s’exécuter sous le basic en temps partagé, qui tenait lieu de système d’exploitation).
Ainsi, ils avaient écrit un assembleur en basic HP, qui transformait un code source assembleur en binaire craché sur une bande de papier. Petit problème : les ASR-33 utilisaient des mots de sept bits en parité paire, ce qui interdisait des codes assembleurs supérieurs à 127, puisque le 8e bit de chaque octet était pris par le bit de parité.
“Pas de problème”, disait John Ridges. Son assembleur produisait aussi une seconde bande de papier qui masquait le bit de parité correctement. Vous aligniez et superposiez les deux bandes, l’une masquant l’autre, vous glissiez le tout dans un lecteur de bandes non connecté à la machine, en mode recopie, et le perforateur recopiait le tout sur une bande qui contenait le code assembleur correct. Une bidouille typique de John Ridges.
John écrivit aussi MultiComm, le premier programme que je n’ai jamais compris, quoi que j’y fasse. MultiComm permettait à seize utilisateurs de discuter simultanément via leurs terminaux. Il était incroyable qu’il marche, vu que le HP n’était pas du tout prévu pour permettre la communication inter-terminaux.
Mon premier programme en assembleur HP
C’est ainsi que j’écrivis mon premier programme en assembleur HP. Il faisait défiler les LED du panneau de commande de gauche à droite et vice versa, comme une balle de ping-pong. (NdT: le HP était doté de rangées de LED visualisant les registres de son unité centrale, une LED par bit. Les données pouvaient être entrées à l’aide d’inverseurs.) Cela donnait :
move.w #1,d0
encore: move.w #15,d1
;
gauche: move.w d0,lumieres
rol.w #1,d0
dbf d1,gauche;
move.w #15,d1
droite: move.w d0,lumieres
ror.w #1,d0
dbf d1,droite;
bra encore
end
Si vous ne comprenez pas ce programme, apprenez donc l’assembleur 68000. Si je vous en convaincs, je vous aurai rendu un fier service. Vous allez adorer (même si l’assembleur 8088 des PC vous a traumatisé, vous allez apprécier le 68000). Donc, en tremblant, j’entrai mon programme dans le HP ce samedi-là, et, ô surprise!, il ne marchait pas. Tim Gill, un autre membre fondateur du groupe, vint m’aider à essayer de le déboguer. Il fit s’afficher le programme, un mot à la fois, sur les 16 LED du panneau de commande. Il n’avait jamais vu le source auparavant : il visualisait le programme uniquement à partir des 16 LED. “Ha ! ha”, dit-il, “erreur fréquente. Voyons ça.” Il manipula des inverseurs, pressa quelques fois le bouton “LOAD”, modifia le programme légèrement, et celui-ci s’exécuta, faisant défiler les LED. Voyez-vous, Tim connaissait le binaire de l’assembleur HP par coeur, un passe-temps, quoi Tim est très fort. Il fonda par la suite la firme Quark, qui faisait des disques durs pour Apple Il et pour Mac, et qui à présent édite Quark XPress, un excellent programme de PAO causant beaucoup de soucis à Aldus Corp., leader du marché (NDLR : et servant à la mise en page de ST Magazine…). Je crois me souvenir que d’après le magazine lnfoWorld, Quark avait cédé à Claris, ex-branche logicielle d’Apple, un vieux code source de traitement de textes pour un rondelet million de dollars… Et je le répète, le J3C n’était que le club informatique de Denver, pas celui de la baie de San Francisco qui est mentionné chaque fois que quelqu’un se lamente en vantant le bon vieux temps. Quand je me souviens de mon adolescence, le J3C m’a vraiment donné le meilleur de ces années. Mon adolescence a été, à part ça, absolument épouvantable, et je ne voudrais à aucun prix la revivre.
Bidouille et mauvais coups
Je crois que compte tenu de la mentalité de ces gens qui cherchaient sans cesse à “pousser l’enveloppe”, il était inévitable que je cherche à les imiter et que je commence à bidouiller le HP. Ces gens étaient mes héros, ils faisaient des programmes que je n’arrivais même pas à comprendre! Entre autres, nous faisions planter le système. Mais entendons-nous bien, planter le système était, en soi, totalement sans intérêt. Le véritable attrait de la chose, c’était de parvenir à contourner les mesures de sécurité conçues par les génies de HP, et vous prouver que vous pouviez les surpasser. je l’admets (et vous pouvez froncer les sourcils), une fois, j’ai planté le HP… et j’ai compris la leçon (soupir). Notez bien que j’étais ultra-prudent et que je veillais à ne jamais corrompre un fichier. J’ai juste arrêté le système. Ouais !, super, j’étais génial et tout. En attendant, je ne pouvais plus me connecter à Hewey. Plus de serveur RTC, plus de fichiers, plus rien. La leçon fut apprise définitivement durant la demi-heure que mit John à relancer le système à partir de bandes de papier “Planter le système, c’est rasoir.” Quand je leur révélai l’origine du plantage, john et l’équipe ne s’intéressèrent qu’à la bidouille qui l’avait causé. Ils en informèrent HP, et HP l’ignora autant que je sache. Mais mon prestige augmenta légèrement aux yeux de mes héros : je devenais un hacker, et j’échangeais des informations librement.
Nous découvrîmes le programme Ralentisseur. Sur un système partagé, l’unité centrale accorde à chaque utilisateur à tour de rôle une tranche de temps, et chacun a ainsi l’illusion de disposer de la machine pour lui seul. Notre HP accordait ainsi 1/32e de son temps à chacun des trente-deux utilisateurs. Nous avions un programme qui utilisait 98% de sa tranche de temps avec deux instructions ASSIGN, et ces instructions étaient suivies d’une instruction ENTER qui forçait l’unité centrale à vous accorder plus de temps qu’il ne l’aurait fallu. On faisait tourner cela sur trois ou quatre terminaux, et le système s’arrêtait pour tous les autres utilisateurs, restant focalisé sur ces quelques terminaux. Nous fîmes l’expérience une fois, et en informâmes John. “Pas mal”, dit-il. Il n’eut pas à nous dire : “Ne recommencez pas.” C’était implicite. Après avoir découvert cette bidouille, nous nous attelâmes à des choses plus intéressantes.
Bidouille créactive
A la suite d’un défi lancé par john, j’ écrivis en basic un interpréteur basic. Ce programme, bien que très lent, exécutait correctement des sources écrits en basic HP. Il disposait en outre de possibilités de trace et de débogage.Nous avions un jeu Star Trek sur le HP. Je le bidouillais pour qu’il permette de sauvegarder la partie en cours et de la restaurer, de façon à ne pas devoir recommencer la partie chaque fois que Jack Myslik nous expulsait de la salle. J’en vins à détester la programmation non structurée. (Une telle phrase venant de Dave Small ? C’est vrai, c’est vrai, mais j’ai vraiment dû dépatouiller d’infâmes plats de spaghettis en basic HP, et j’en sais maintenant assez pour écrire du basic lisible à présent). Et puis, pour la première fois de ma vie, je ressentais le besoin de créer quelque chose. Nombreuses furent les nuits où je m’assis au terminal, armé de mes manuels de basic et d’assembleur, et créai. Il m’est difficile d’expliquer l’importance que cela pouvait avoir pour un élève de collège (NdT : à peu près notre classe de troisième). C’était très important pour moi à cette époque, où j’avais besoin de faire quelque chose de neuf et de le faire bien. Parfois, c’était nécessaire. Ainsi, nous avions un problème : un crétin s’amusait à effacer nos fichiers sur le HP, où il n’y avait pas de sécurité. Je créai donc un fichier nommé “0O0O0O”, une succession de lettres O et de chiffres zéro, que l’ASR-33 imprime quasiment de manière identique. Et ce gars qui se demandait pourquoi il ne pouvait pas effacer un fichier nommé 6-fois-zéro. Hé ! hé !
D’autres fois, c’était amusant. Mon frère Jim avait fait un “jeu du canonnier” (Vous vous rappelez? On entrait la hausse en degrés et la quantité de poudre, et le programme imprimait à quelle distance on avait tiré et de combien on avait manqué la cible). Je le saisis en basic HP, et, à ma grande fierté, les responsables système le placèrent dans la bibliothèque de programmes du HP. Je mis la main sur un superbe nouveau gadget qu’on me prêta: un Hazeltine 2000.
C’était un terminal vidéo d’une vitesse incroyable de 300 bauds, ce qui était alors fabuleux pour moi. Il était doté de l’adressage du curseur : on pouvait déplacer le curseur n’importe où sur l’écran! Bientôt, j’avais écrit un programme d’alunissage avec graphiques pour le Hazeltine. Petite parenthèse en passant.
Lorsque j’entrai plus tard au lycée, mes connaissances en basic et en graphiques me tirèrent d’embarras. Je manquai tout juste de redoubler la première année, mais j’appris le secret des études indépendantes du lycée.
Trouvez un prof acceptant de vous soutenir, étudiez quelque chose que vous voulez absolument apprendre (par exemple, l’assembleur CDC 6600), faites- en un projet scolaire, et vous obtenez un ‘A’ tout en vous amusant. Ou bien étudiez le synthétiseur ARP 2600, créez une bande de deux minutes complètes, avec un effet sonore à la fin, dont le duplicata se trouve à présent dans la page secrète de dédicace de chaque disquette Spectre, et vous obtenez un autre ‘A’ en classe de musique. J’ai survécu au lycée, et ai obtenu une moyenne générale d’environ 10,001 sur 20 (NdT : on redouble avec 10 ou moins) grâce à cela.
Fin de la parenthèse.
Trivia
Le plus grand événement pour moi fut le défi que nous lançâmes aux responsables système, un défi sous la forme d’un jeu de Trivia (NdT : questions-réponses) concernant le HP. Ils acceptèrent et furent très bon joueurs. Ils bricolèrent même un système électronique de sonnettes et de boutons-poussoirs, à base de circuits intégrés, qui permettait au premier qui avait la réponse à une question de presser un bouton, ce qui activait une sonnette et verrouillait le circuit, empêchant les autres joueurs de l’activer. Phil Tubb accepta d’arbitrer. Je sentis des frissons glacés en m’asseyant et en observant, de l’autre côté de la pièce, John Ridges et Tim Gill. Derrière chaque équipe se trouvait un ASR-33, connecté à Hewey, et nous croulions sous les manuels et les listings dont nous aurions pu avoir besoin. Chaque équipe posait à tour de rôle des questions à l’autre.
Ma question fut la première : “Quels sont les prénoms de Hewlett et Packard?” Sourires dans la salle, ce qui établit l’ambiance pour la soirée. Dring. Tim Gill: “Bill Hewlett, Dave Packard.” (Tim travailla plus tard pour HP avant de fonder Quark). A leur tour : “Combien de trous y a-t-il dans 12,9 mètres de bande perforée ?” On sortit les calculatrices, tandis que le chrono avançait. Evidemment, nous manquâmes la réponse à une erreur d’arrondi près.
Nous répliquâmes : “Combien de terminaux peuvent exécuter une boucle faite de deux ASSIGN suivis d’un ENTER avant de bloquer le système?”, ce qui rétablit l’égalité des scores. Et ainsi de suite.
Nous en arrivâmes à la dernière question alors que nous étions à égalité. Nous décidâmes d’un commun accord que la dernière question vaudrait suffisamment de points pour que la première équipe y répondant remporte l’épreuve.
Phil demanda aux deux équipes de calculer, avec une précision de deux cents chiffres significatifs, la valeur de 2/41457 (ou quelque chose d’approchant). Je songeai avec désespoir qu’il fallait écrire un programme de division à précision infinie. Vous savez, comme pour la division manuelle : reporter le chiffre, soustraire, multiplier… Tim Gill était déjà sur leur terminal, saisissant le programme auquel il songeait, ligne par ligne. Pris de sueurs froides, je commençais à écrire sur papier l’algorithme que Tim avait écrit dans sa tête. Leur terminal commença à cracher des chiffres : blip (pause), blip (pause), très lentement. Et soudain, je me souvins du programme de calculs en précision infinie de Tim. Il faisait des calculs avec le nombre de chiffres significatifs choisis par l’utilisateur. Et il était court. J’en sortis le listing de mon sac, et demandais à mon équipe de me le lire tandis que je le saisissais. Déjà, en ce temps, je pouvais taper trop vite pour les dix caractères par seconde de l’ASR-33 (et même pour les onze de ceux-là, vous pensez bien que nous les avions bidouillés). En quelques minutes, le programme était saisi, et nous le lançâmes. Notre terminal commença à éditer la réponse, sans aucune hésitation entre deux chiffres. Le programme des responsables système avait dépassé le 150e chiffre lorsque le programme de Tim, sur notre terminal, imprima finalement le 200e. Nous avions gagné.
Tim, hochant la tête, admit qu’il avait tout simplement oublié son programme calculateur en précision infinie. Pour lui, ce n’était qu’une petite bidouille rapide.
Rien, absolument rien de ce que j’ai fait au collège ne peut rivaliser avec ces moments où mes camarades et moi surpassions les meilleurs des bidouilleurs à l’aide de leur propre programme. Ce fut l’un des grands moments de ma vie. Et quelque part à la cave, il y a une boite marquée “Gare à vous si vous jetez cela”, contenant les vieux listings et bandes perforées du HP 2000C, jaunissant doucement, les premières choses que j’aie jamais créées sur un ordinateur.
Vive la bidouille
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